Étude sur les cortinaires du Québec en direct sur Mycoquébec

Depuis 2 ans, près de 1000 collections de cortinaires du Québec ont été séquencées. L’analyse de la deuxième série de résultats est en cours. Les résultats apparaissent à mesure sur Mycoquébec. Vingt nouvelles espèces ajoutées au cours des 10 derniers jours.

Pour suivre la sortie des résultats, rendez-vous sur la page d’accueil de Mycoquebec.org et sous l’onglet Nouveautés, cliquez sur Nouvelles espèces.

Cliquez sur le nom de l’espèce :

Et lisez dans la description, sous la rubrique Confirmation moléculaire, les résultats de l’analyse phylogénétique et l’identité des collections qui confirment la présence de l’espèce au Québec

Progrès récents sur les cortinaires du Québec

par Jacques Landry

Près de 100 nouvelles espèces de cortinaires ont été ajoutées à l’Index des champignons du Québec au cours des 12 derniers mois suite au séquençage et analyses phylogénétiques de près de 400 collections.

Le projet de Mycoquébec de séquencer le locus ITS de tous les cortinaires du Québec se poursuit. Au 1er mars 2018, l’index des champignons du Québec présenté sur le site de Mycoquébec comptait 238 espèces de cortinaires, lesquelles avaient été identifiées au cours des années selon des caractères morphologiques (phénotypiques) basés le plus souvent sur des monographies européennes ou encore de très courtes descriptions faites par les découvreurs de ces espèces. En 2018, 377 collections déposées au Fongarium du Cercle des mycologues de Montréal ou à l’Herbier René-Pomerleau ont été séquencées et analysées. Il s’agissait de collections réalisées par les mycologues Renée Lebeuf, André Paul, Herman Lambert et Yves Lamoureux et aussi d’une collection d’une centaine de spécimens réalisée lors d’une excursion de Mycoquébec à Anticosti en 2015 et à Chibougamau en 2017. Une analyse phylogénétique de ces séquences a révélé l’existence de 190 espèces distinctes parmi ces collections, dont une centaine ont pu être nommées avec un haut niveau de confiance, alors que les autres, en absence de séquence de référence étaient nommées selon leur ressemblance avec une espèce soeur (cf. ou aff.) ou encore recevaient un numéro unique d’espèce. En tout près d’une centaine d’espèces ont été ajoutées à notre index, dont 44 correspondent à des espèces nouvelles pour le Québec, 24 qui ne peuvent être nommées avec précision mais qui se situent très près d’espèces connues (aff. ou cf.) et une vingtaine d’espèces (19) qui ne ressemblent à rien de ce qui a été séquencé et publié jusqu’à maintenant. L’étude a également permis d’éliminer 52 espèces de l’index dont 8 se voient attribuer le qualificatif de « aff. », n’étant pas exactement l’espèce que l’on croyait.

En 2019, c’est au delà de 600 collections supplémentaires, représentant les 98 dernières espèces non vérifiées de notre index actuel, qui seront séquencées et analysées. On peut s’attendre encore une fois à un ajout important du nombre d’espèces qui pourrait totaliser dans les 350 lorsque nos études seront terminées.

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Les cortinaires, le sous-genre Telemonia

par Herman Lambert

Voici le cinquième et dernier article d’une série préparée par Herman Lambert sur le sujet difficile des Cortinarius. Ces articles mis à jour pour le blogue ont été publiés entre mai 2014 et juillet 2015 dans la revue LE BOLETIN du Cercle des mycologues amateurs du Québec.

Les cortinairesLE BOLETIN, Vol. 61 No 2 Mai 2014 –> Le blogue Mycoquébec, 16 octobre 2015
Les cortinaires, le sous-genre Cortinarius. LE BOLETIN, Vol. 61 No 3 Juillet 2014 –> Le blogue Mycoquébec, 3 novembre 2015
Les cortinaires, le sous-genre Phlegmacium. LE BOLETIN, Vol. 62 No 1 Jamvier 2015 –> Le blogue Mycoquébec, 6 décembre 2015 
Les cortinaires, le sous-genre Myxacium. LE BOLETIN, Vol. 61 No 4 Novembre 2014 –> Le blogue Mycoquébec,  14 janvier 2016
Les cortinaires, le sous-genre Telamonia. LE BOLETIN, Vol. 62 No 3 Juillet 2015

Caractéristiques du sous-genre Telamonia

Un peu comme le genre Boletus pour les bolets, qui se définit par l’absence des caractères distinctifs des autres genres de bolet, le sous-genre Telamonia des cortinaires se définit très bien par l’absence des caractères distinctifs des autres sous-genres. On peut ainsi généraliser le sous-genre Telamonia : ce sont des cortinaires ne présentant aucune partie de couleur vive (tel chez le sous-genre Cortinarius) et ils ne sont pas visqueux (sous-genres Myxacium et Phlegmacium). Leur taille est très variable, le chapeau peut avoir un diamètre de 0,5 à 15 cm selon l’espèce. Le port du basidiome est ainsi très différent : les petites espèces peuvent être confondues avec les galérines mais ces dernières n’ont pas de cortine; les espèces de dimension petite à moyenne ressemblent parfois à un inocybe ou un hébélome, deux genres qui ont parfois une cortine. Les basidiomes de ce sous-genre peuvent être blanchâtres à brun foncé avec des teintes parfois dominantes de lilas, de violet, de rose et quelquefois verdâtres. Ce sont donc des cortinaires dont le revêtement du chapeau et du pied est sec, glabre à squamuleux ou écailleux. Il peut être hygrophane et de couleur très variable selon leur degré d’humidité. La plupart perdent leur coloration et deviennent brunâtre en vieillissant et en séchant. La couleur provenant de pigments est visible chez les jeunes individus et disparaît assez rapidement car ces pigments s’oxydent à l’air et deviennent bruns. Il est donc primordial d’observer la couleur des jeunes spécimens dès la récolte et de noter le changement de couleur durant leur déshydration si on veut en faire l’identification. Le pied est habituellement cylindrique, parfois clavé ou atténué à la base. Le voile général peut être blanc ou coloré, laissant, selon sa texture et son abondance, des plaques membraneuses, des guirlandes plus ou moins complètes, des écailles ou des fibrilles sur le chapeau et le pied, ceci constituant aussi un caractère important pour l’identification. La chair a une odeur variable qui peut être nulle, raphanoïde, terreuse, de cèdre, florale, de pomme de terre, etc. L’exsiccata est blanc, brun ou noir, c’est aussi un caractère pouvant aider l’identification.

 

Au microscope, les spores sont fusiformes à subglobulaires, jamais citriformes. L’arête lamellaire a des cellules clavées ou basidioformes. De vrais cheilocystides sont rarement observées. Les spores sont dextrinoïdes et le degré de réaction au Melzer est un caractère utile car souvent distinctif.

 

Le sous-genre Telamonia est le sous-genre de cortinaire le plus abondant au Québec comme ailleurs en Amérique et en Europe. Plus de la moitié des cortinaires sont dans ce sous-genre. Leur classification est très ardue et incomplète à ce jour. Tuula Niskanen, une experte mondiale des cortinaires, et ses collaborateurs utilisent une clé contenant 78 articles pour séparer ce sous-genre en 18 sections (1).  Les clés de ces sections couvrent des dizaines de pages pour arriver à l’espèce. Connaître et identifier toutes les espèces de ce sous-genre au Québec est actuellement impossible. Il faut attendre le jour ou un mycologue passionné et talentueux consacrera plusieurs années d’étude microscopique et génétique pour avoir des outils d’identification fiable. Vous avez ici-bas la liste et une description de ces 18 sections selon Funga Nordica (1). Ces sections regroupent parfois un ensemble de sections établis dans d’autres classements européens. Un ou quelques cortinaires de ces sections sont brièvement commentés.

 

Section A : Armillati  M.M. Moser

Basidiome charnu; chapeau 4-11 cm de diamètre, avec fibrilles innées, stries hygrophanes; voile universel brun jaunâtre, rosâtre, rouge à rouge vineux; odeur non distinctive ou légèrement raphanoïde; exsiccata du chapeau brun rouge assez foncé à brun grisâtre, du pied grisâtre; voile universel souvent visible sur le pied, mycélium blanc ou rosâtre; avec pigments anthraquinoniques; spores subglobuleuses à ellipsoïdes.

Il y a présentement 2 espèces observées de cette section au Québec : C. armillatus et C. paragaudis. Selon Niskanen et al (3), C. luteo-ornatus peut aussi être présent au Québec.

Cortinarius armillatus, le cortinaire à bracelets, est un des premiers cortinaires à apparaître sous les bouleaux en milieu humide. Il est très commun. C’est un cortinaire de grosseur moyenne facilement reconnaissable par son chapeau hémisphérique à convexe puis étalé mamelonné de teinte orange brunâtre et son abondant voile général laissant 2-3 bandelettes orange rougeâtre sur le pied blanchâtre souvent subbulbeux et garni d’un mycélium blanc à la base. C. paragaudis est très semblable mais possède un voile général rouge brunâtre plus terne, des spores plus petites et a comme hôte les épinettes. C. luteo-ornatus se retrouve aussi sous épinettes dans de la mousse épaisse et souvent en groupe. Il diffère par son voile général rosâtre à rouge vineux, son chapeau rouge-brun presque aplani à maturité et surtout par ses spores de longueurs intermédiaires à C. armillatus et C. paragaudis mais plus larges.

 

Cortinarius armillatus Cortinaire à bracelets

Cortinarius armillatus / Cortinaire à bracelets. PHOTO : Herman Lambert

 

 

Section B : Brunneotincti M.M. Moser

Basidiome souvent avec teinte olivâtre; chapeau habituellement (2,5-)4-8 cm de diamètre, avec fibrilles innées foncées ou soyeuses, avec stries ou zones hygrophanes foncées; voile universel rouge vineux, jaune, brun jaunâtre, brun olivacé ou brun; odeur souvent raphanoïde; spores obovoïdes, ellipsoïdes ou subglobuleuses.

Deux espèces sont retrouvées au Québec : C. raphanoides (syn. C. betulorum) et C. valgus. Ces espèces sont peu fréquentes.

 

Section C : Anomali Konrad & Maulb

Basidiome petit à moyen; lames crème à bleu-gris; pied blanc à bleuté; voile général ± développé, laissant toujours au moins des fibrilles ou une à plusieurs bandelettes sur le pied; chair blanche à bleu-violet; spores subglobuleuses.

Six espèces au Québec se trouvent dans cette section : C. anomalus, C. azureus, C. bolaris, C. caninus, C. lepidopus et C. spimoleus.

D’apparence unique pour un cortinaire, le cortinaire rouge brique, C. bolaris, a un basidiome dont le chapeau et le pied sont rapidement recouverts de fibrilles et d’écailles rouge brique sur un fond blanchâtre à jaunâtre dû à la chair blanchâtre jaunissant avec l’âge. Phénomène particulier, son voile universel est d’abord blanchâtre et devient rouge brique au contact de l’air, ainsi un basidiome recouvert par les feuilles à l’automne sera blanc. Il n’a pas de préférence comme hôte, on le trouve dans les forêts mixtes avec pruches, sapins, hêtres, bouleaux, etc.

 

Cortinarius bolaris / Cortinaire rouge brique. PHOTO : Herman Lambert

Cortinarius bolaris / Cortinaire rouge brique. PHOTO : Herman Lambert

 

Section D : Pholidei Melot et Fuscoperonati Liimat & Niskanen

Petit basidiome élancé; chapeau 3-8 cm, sec à sub-hygrophane, brunâtre; voile général abondant brun sans teinte jaune ou olivatre.

Deux espèces au Québec : C. subtigrinus et C. pholideus.

C. pholideus, le cortinaire écailleux, est très facile à reconnaître. Son voile général abondant brun assez foncé laissant des bandelettes et guirlandes sur le pied et son chapeau de même couleur très méchuleux-écailleux sont très distinctifs. On le trouve dans les sapinières à bouleaux.

 

Cortinarius pholideus / Cortinaire écailleux. PHOTO : Herman Lambert

Cortinarius pholideus / Cortinaire écailleux. PHOTO : Herman Lambert

 

 

Section E : Brunnei Melot, Cinnabarini Melot, Colymbadini Melot, Disjungendi Kytöv, Liimat & Niskanen, et Uracei Melot

Chapeau brun foncé, parfois brun jaunâtre à rougeâtre ou rouge cinabre, quelquefois avec des reflets métalliques, fortement hygrophane ou avec stries hygrophanes; exsiccata habituellement brun foncé à noirâtre.

Il existe au moins 10 espèces de cortinaires au Québec dans cette section : C. brunneus, C. clarobrunneus, C. disjungendus, C. furvolaesus, C. gentilis, C. glandicolor, C. grosmorneensis, C. irregularis, C. rheubarbarinus, et C. uraceus.

Le cortinaire brun, C. brunneus, est très commun dans les forêts de sapins au Québec. De forme variable, il est tout de même difficile à reconnaître car il peut être confondu avec les cortinaires qui deviennent brun à maturité. De taille moyenne, son chapeau souvent mamelonné ± fibrilleux subhygrophane brun foncé à brun roux au sec, ses lames larges et espacées brun pourpre au début, et son pied brun pâle avec une zone annuliforme blanchâtre aident à le reconnaître.

 

Cortinarius brunneus/ Cortinaire brun. PHOTO : Raymon Boyer

Cortinarius brunneus / Cortinaire brun. PHOTO : Raymond Boyer

 

Section F : Bovini Melot, Illumini Liimat., Niskanen & Kytöv, Saturnini, Moenne-Locc. & Reumaux, Sciophylli (Moënne-Locc. & Reumaux), Liimat. & Niskanen, Subbalaustini Liimat., Niskanen & Kytöv, et Sordescentes Melot

Chapeau ± brun, souvent foncé; voile universel blanc, blanc grisâtre ou brunâtre; odeur nulle, raphanoïde ou agréable; exsiccata du chapeau souvent brun foncé.

Au Québec, au moins 9 espèces sont regroupés dans cette section : C. brunneocalcarius, C. cf. privignus, C. illuminus, C. leicastaneus, C. lucorum, C. saturninus, C. sordescens, C. squamulosus, et C. subbalaustinus. Ce sont tous des cortinaires peu fréquents au Québec.

 

Section G : Telamonia (Fr.) Gillot & Lucand et Camphorati Liimat. & Niskanen

Basidiome souvent charnu, ± avec teinte bleuâtre; chapeau habituellement (4-)5-11 cm de diamètre; voile universel souvent abondant, blanchâtre, jaunâtre, brun grisâtre ou bleuâtre; plusieurs espèces ont une odeur fruitée comme C. traganus.

Des 8 espèces décrites au Québec (C. camphoratus, C. rusticus, C. ionophyllus, C. torvus, C. nauseosus Y. Lamoureux nom prov., C traganus, C. pulchrifolius, C. venustus), deux espèces odorantes sont très communes : le cortinaire puant (C. camphoratus) et le cortinaire à odeur de poire (C. traganus). À première vue, ils sont très semblables. Ils sont tous deux d’abord assez trapus avec un petit chapeau sec et un pied clavé à un peu bulbeux complètement recouvert de leur voile général abondant de couleur lilas. Leur chair est de couleur et odeur différente permettant de les distinguer sans équivoque : le cortinaire puant a une chair violacée et une odeur désagréable, le cortinaire à odeur de poire a une chair brun marbré et une odeur fruitée caractéristique. À maturité, ils sont complètement bruns.

 

 

Gauche : Cortinarius traganus / Cortinaire à odeur de poire. Droite : Cortinarius camphoratus / Cortinaire puant. PHOTO : Jules Cimon

Gauche : Cortinarius traganus / Cortinaire à odeur de poire, chair brun marbré et odeur fruitée. Droite : Cortinarius camphoratus / Cortinaire puant, chair violacée et odeur désagréable. PHOTO : Jules Cimon

 

Section H : Malachi Melot

Basidiome charnu; chapeau 4-9 cm de diamètre, avec fibrilles innées ou finement écailleux, subhygrophane; exsiccata du chapeau souvent brun-gris assez foncé.

Deux espèces peu fréquentes: C. malachius et C. suberi.

 

Section I : Balaustini Moënne-Locc. & Reumaux, Lanigeri Melot, et Niveoglobosi Kutöv Liimat. & Niskanen

Basidiome souvent charnu, habituellement sans teinte bleuâtre; chapeau (3-)5-11(-13) cm diam., blanc, brun jaune vif ou rouge brique foncé, hygrophane ou non; voile universel blanc ou crème, rarement bleuâtre; odeur non distinctive ou légèrement raphanoïde.

C. alboglobosus, C. alborufescens, C. balaustinus, C. bivelus, C. impennis, C. laniger, C. lanigeroides, et C. subferrugineus sont les 8 espèces de cette section au Québec.

C. laniger, le cortinaire laineux, est un cortinaire de grande taille le plus commun de cette section dans la région de Québec. Son chapeau brun orangé globuleux avec parfois un mamelon est copieusement orné de fibrilles blanchâtre y donnant sa texture fibrilleuse-laineuse. Ses lames sont d’abord de couleur safran puis brun orangé. Son pied clavé à bulbeux est brun grisâtre et orné d’une à plusieurs bandelettes fibrilleuses blanchâtres provenant du voile général. On le trouve dans les forêts de conifères.

 

Cortinarius laniger / Cortinaire laineux. PHOTO : Fernand Therrien,

Cortinarius laniger / Cortinaire laineux. PHOTO : Fernand Therrien,

 

 

Section J : Bicolores (M.M. Moser) Melot et Duracini Melot

Basidiome souvent avec teinte violacé; chapeau (2,5-)4-8(-9) cm de diamètre, fortement hygrophane, brun jaunâtre à brun chocolat; pied radicant ou cylindrique; voile universel blanc; odeur soit nulle, de bois de cèdre, raphanoïde ou de céleri; spores souvent fusiformes.

Des 4 espèces présentes au Québec dans cette section, C. cagei, C. duracinus et C. tortuosus, C. evernius (le cortinaire humide) est le plus commun. C’est un grand cortinaire élancé que l’on trouve dans les forêts de conifères en milieux humides souvent près ou parmi la sphaigne. Son chapeau de 4 à 8 cm de diamètre est hygrophane, glabre, de teinte brun pourpré à violacé palissant et perdant sa teinte violacée en séchant. Son pied élancé de couleur violet pâle est souvent irrégulier, torsadé, bosselé et orné du voile général abondant parfois disposé en bandelettes contrastant avec la couleur du pied.

Cortinarius evernius / Cortinaire humide. PHOTO : Herman Lambert

Cortinarius evernius / Cortinaire humide. PHOTO : Herman Lambert

 

Section K : Obtusi Melot et Acetosi (Moënne-Locc. & Reumaux) Niskanen, Liimat. & Kytöv

Basidiome sans teinte bleuâtre; chapeau brun jaune à brun foncé, fortement hygrophane; pied cylindrique ou radicant, blanchâtre au moins lorsque jeune; voile universel blanc, quelquefois très épars; odeur iodoforme à la base du pied, plus intense en séchant.

Au Québec, on trouve dans cette section trois petits cortinaires qui peuvent être confondus avec les galérines.

  • C. acutus est complètement brun pâle, son chapeau est hygrophane, de forme conique-papillé avec une texture tomenteuse à squamuleuse surtout à la marge striée par transparence si imbue. Ses lames sont très espacées avec une arête très dentelée, stérile, couverte de grands poils sphérodonculés. Son pied souvent courbe est orné de fibrilles blanchâtres visibles surtout lorsque jeune. On le trouve dans les marécages, aux bordures de ruisseau, ou sur des plaques de feuilles mortes au sol. Il est mycorhizique avec les conifères.
  • C. obtusus diffère par son chapeau très hygrophane brun chaud si imbu puis brun-jaune à beige au sec, à mamelon non pointu, ses lames moins espacées et possédant une odeur distincte iodée plus forte en séchant. On le trouve dans les forêts mixtes de conifères avec bouleaux.
  • C. subrigens est plus costaud, beaucoup moins fréquent et associé aux chênes.

 

Cortinarius acutus / Cortinaire aigu. PHOTO : Herman Lambre

Cortinarius acutus / Cortinaire aigu. PHOTO : Herman Lambert

 

Cortinarius obtusus PHOTO : Jacqueline Labrecque

Cortinarius obtusus / Cortinaire obtus. PHOTO : Jacqueline Labrecque

 

 

Section L : Firmiores (Fr.) Henn (Armeniaci (M.M. Moser) Melot), Urbici Liimat., Niskanen & Kytöv et Boulderenses Liimat., Niskanen & Kytöv

Chapeau 4-9 cm de diamètre, souvent viscidule-collant lorsque humide, fortement hygrophane ou avec stries hygrophanes, lisses; chair du pied souvent très pâle, blanc grisâtre, blanc brunâtre à brun grisâtre pâle; voile universel blanc ou rouge vif; odeur nulle, chez quelques espèces légèrement fruitée ou raphanoïde; exsiccata du chapeau brunâtre ± pâle; spores amygdaloïdes à ellipsoïdes.

Neuf espèces sont regroupés sous cette section : C. alboviolaceus, C. armeniacus, C. biformis, C. brevipes, C. bulbosus, C. lilacinus, C. quarciticus, C. turgidus, et C. urbicus.

Il existe beaucoup de cortinaires qui ont des parties lilas à violet pâle. C. alboviolaceus, le cortinaire blanc-violet, se distingue des autres cortinaires lilacés parce que toutes ses parties (chapeau, lames, pied, voile général, cortine et chair) sont de couleur lilas à violet pâle et le demeure avec l’âge sauf les lames qui deviennent brunes ocrées suite à la formation des spores. Son chapeau est glabre et luisant, il n’a pas d’odeur et on le trouve surtout sous bouleaux et peupliers. C. lilacinus, le cortinaire lilas, est très semblable mais a un pied plus bulbeux, son chapeau est un peu ocre au disque et il est associé aux chênes.

Cortinarius alboviolaceus / Cortinaire blanc-violet. PHOTO : Herman Lambert

Cortinarius alboviolaceus / Cortinaire blanc-violet. PHOTO : Herman Lambert

 

Cortinarius lilacinus / Cortinaire lilas. PHOTO : Renée Lebeuf

Cortinarius lilacinus / Cortinaire lilas. PHOTO : Renée Lebeuf

 

Section M : Renidentes Liimat. & Niskanen

Basidiome brun foncé; chapeau hygrophane écailleux; spores subglobuleuses; pileipellis duplex

Cette section ne possède qu’une espèce : C. impolitus. Son chapeau est hygrophane, brun-rouge foncé à brun ambre, parfois brisé en fines écailles apprimées. Ses lames sont brunes à brun grisâtre, son pied est brun jaunâtre pâle garni de restes véliques blanchâtres. C’est un cortinaire qui pousse souvent de façon cespiteuse sur sol sablonneux en milieu humide avec mousses sous conifères et hêtres.

 

Section N : Hinnulei Melot et Safranopedes Liimat., Kytöv. & Niskanen

Basidiome brun jaunâtre à brun ochracé; chapeau lisse, souvent avec zones noirâtres, très hygrophane; voile universel blanc, rarement jaune ou orange; odeur habituellement forte, terreuse ou raphanoïde; spores subglobuleuses à ellipsoïdes, souvent fortement verruqueuses; mycorhize avec feuillus.

5 espèces : C. castaneus, C. distans, C. hinnuleus, C. junghuhnii et, C. quercophilus Y. Lamoureux nom. prov.

Le cortinaire à lames espacées, C. distans, est très facile à reconnaître : l’espacement et la couleur rousse des lames au débuts sont uniques pour un cortinaire de taille moyenne. Son chapeau est finement squamuleux, hygrophane, brun rougeâtre à brun jaunâtre, ses lames sont larges, très espacées et rousses, son pied est concolore au chapeau avec une zone annuliforme blanchâtre. C’est un cortinaire hâtif, on peut le voir dès juillet.

 

Cortinarius distans PHOTO : Herman Lambert

Cortinarius distans / Cortinaire à lames espacées. PHOTO : Herman Lambert

 

Section O : Incrustati Melot, Helvelloïdes M.M. Moser, Paleaci Nespiak et Saniosi Moënne-Locc. & Reumaux

Cette section regroupe dix petits cortinaires : C. angelesianus, C. flos-paludis,C. aureovelatus, C. helobius, C. comptulus, C. hemitrichus, C. diasemospermus, C. pilatii, C. flexipes var. flexipes, C. flexipes var. flabellus et C. saniosus.

Cortinarius flexipes var. flexipes, le cortinaire à pied flexueux, est un petit cortinaire dont le chapeau ne dépasse pas 4 cm de diamètre, est ombonné presque papillé et entièrement couvert de méchules blanchâtres. Il est hygrophane, de couleur violet noirâtre à gris-violacé lorsque imbu devenant jaunâtre à brun grisâtre en séchant. Son pied élancé atteint 10 cm de longueur, il est courbe ou flexueux, violet à l’apex devenant grisâtre vers la base et recouvert d’abondants restes véliques formant souvent un pseudo-anneau et des flocons vers la base. Son odeur de pelargonium aide l’identification. On le trouve dans les milieux très humides à travers d’épais tapis de mousse sous divers feuillus. La variété flabellus diffère par l’absence presque complète de violet. Il existe aussi une variété inolens qui n’a pas l’odeur de pelargonium, le basiodome est brun-jaune avec des reflets violacés et le pied est garni d’une zone annuliforme bien marquée.

 

Cortinarius flexipes / Cortinaire à pied tortueux. PHOTO : Herman Lambert

Cortinarius flexipes / Cortinaire à pied tortueux. PHOTO : Herman Lambert

 

 

Section P : Hydrocybe (Fr.) Nezdojm

Espèces grêles, petites ou peu charnues; chapeau 0,5-4 cm, hygrophane se déshydratant habituellement à partir du bord, laissant apparaître des stries et un feutrage squamulo-fibrilleux, souvent bien évident à la marge; pied 1-6 cm, souvent pâle, plus ou moins luisant ou soyeux, égal ou légèrement renflé à la base; voile blanc ou blanchâtre (rougissant chez quelques espèces), souvent avec des nuances violettes ou rosées à lilas, parfois très fugace; chair souvent peu colorée; spores habituellement fortement verruqueuses, parfois spinuleuses

Cette section regroupe 8 espèces grêles et très hygrophanes au Québec : C. bibulus, C. decipiens, C. decipiens var. atrocoeruleus, C. depressus, C. odhinnii, C. parvannulatus, C. praestigiosus, C. umbrinolens et C. vernus

Le cortinaire trompeur, C. decipiens, est un petit cortinaire brun-gris dont le chapeau est plus foncé au centre avec des fibrilles blanchâtres à la marge. Son pied est parfois un peu violacé à l’apex. On le trouve sur sol humide sous feuillus. La variété atrocoeruleus est plus noirâtre.

 

 

Cortinarius decipiens / Cortinaire trompeur PHOTO : Renée Lebeuf

Cortinarius decipiens / Cortinaire trompeur PHOTO : Renée Lebeuf

 

Section Q : Anthracini Melot

Chapeau 1-4 cm de diamètre, brun rouge à brun pourpre clair, hygrophane; voile universel orange ou rouge; avec pigments anthrachioniques

C. anthracinus et C. colus sont les 2 espèces sous cette section au Québec.

Le cortinaire brun-noir, C. anthracinus, a un chapeau irrégulier avec un mamelon souvent pointu, très hygrophane, de couleur brun pourpre obscur teinté de rouge à brun marron, et de jaune orangé clair vers la marge. Ses lames et son pied sont rougeâtres foncés, son voile général est rouge orangé et sa chair rougeâtre foncé. On le trouve parmi les mousses dans les forêts de conifères et de feuillus.

 

 

Cortinarius anthracinus / Cortinaire brun noir PHOTO : Renée Lebeuf

Cortinarius anthracinus / Cortinaire brun noir PHOTO : Renée Lebeuf

 

Section R : Fulvescentes Melot et Laeti Melot

Chapeau 1-6,5 cm de diamètre, souvent mince, hygrophane, brun rouge chaud, rouge vineux à brun ocre, rarement brun olivâtre; pied fibrilleux soyeux; voile universel jaunâtre, ochracé, rosâtre ou rouge vineux, parfois très épars; chair ± brun jaunâtre, pas foncé ni noircissant vers la base.

Quatre espèces au Québec: C. bulliardii, C. fulvescens, C. laetissimus, C. ochrophyllus. Ce sont des cortinaires peu fréquents.

Le basidiome de C. fulvescens est élancé avec un chapeau conique, lisse, brun cuivré à vineux. Ses lames sont de couleur chamois crème à brun jaunâtre pâle, son pied est long et mince avec des bandelettes vélaires provenant du voile général fauve orangé à ocre. C. ochrophyllus diffère par son allure moins élancé, son chapeau légèrement fibrilleux-inné brun jaunâtre grisâtre, ses lames fauve orangé au début et son voile général jaune ochracé. On les trouvent sous les conifères.

 

Références :

  1. Knudsen, Henning & Vesterholt, Jan. (éd)  Funga Nordica. Agaricoid, boletoid and cyphelloid genera, Copenhagen: Nordsvamp, 2008. 965 p.
  2. Brandrud et coll., Cortinarius Flora Photographica, Vol 1-5, Cortinarius HB (Éd.), Klövervägen, Suède, 1990-2014
  3. Niskanen T, Kytovuori I, Liimatainen K (2011) Cortinarius sect. Armillati in northern Europe. Mycologia 103:1080–1101. doi: 10.3852/10-350

Les cortinaires : le sous-genre Myxacium

par Herman Lambert

Voici le quatrième d’une série d’articles préparés par Herman Lambert sur le sujet difficile des Cortinarius. Ces articles mis à jour pour le blogue ont été publiés entre mai 2014 et juillet 2015 dans la revue LE BOLETIN du Cercle des mycologues amateurs du Québec.

Les cortinairesLE BOLETIN, Vol. 61 No 2 Mai 2014 –> Le blogue Mycoquébec, 16 octobre 2015
Les cortinaires, le sous-genre Cortinarius. LE BOLETIN, Vol. 61 No 3 Juillet 2014 –> Le blogue Mycoquébec, 3 novembre 2015
Les cortinaires, le sous-genre Phlegmacium. LE BOLETIN, Vol. 62 No 1 Jamvier 2015 –> Le blogue Mycoquébec, 6 décembre 2015 
Les cortinaires, le sous-genre Myxacium. LE BOLETIN, Vol. 61 No 4 Novembre 2014
Les cortinaires, le sous-genre Telamonia. LE BOLETIN, Vol. 62 No 3 Juillet 2015 –> Le blogue Mycoquébec, 9 mai 2016

Ce sous-genre des cortinaires est sans doute le plus facile à reconnaître; le chapeau et le pied de ces espèces sont glutineux à l’humidité ou légèrement visqueux et alors la cuticule du chapeau a un goût amer. La viscosité est détectable, même si le champignon a séché, car les épines, feuilles et débris se collent sur le chapeau et le pied (surtout à la base). En cas de doute, lorsque la viscosité est difficilement détectable et qu’il n’y a pas de débris collés sur le champignon, « donnez une becquée ou un coup de langue » sur la surface du chapeau et vous détecterez alors un goût amer s’il s’agit d’un myxacium.

En détail, le chapeau des spécimens matures mesure de 3 à 12(15) cm de diamètre, campanulé, convexe à étalé, un peu déprimé; il est viscidule à glutineux. Les jeunes lames sont soit ocre pâle, bleuâtres ou blanchâtres. Le pied est clavé, subclavé ou cylindrique, quelquefois atténué vers la base. Ce sont des cortinaires de taille petite à moyenne. Le voile universel est blanc, jaune ou bleu-violet; chez quelques espèces, il est épars. La chair est blanchâtre à ocre pâle. L’odeur est non distinctive, déplaisante, de radis, de miel ou iodoforme.

Les spores qui mesurent 10-16 x 5,5-9,5 µm sont citriformes, amygdaloïdes ou légèrement fusiformes. Si elles sont plus petites, de 5,5-9,5 x 4-8 µm, elles sont alors subglobuleuses à ellipsoïdes. Les cellules marginales sont clavées ou basidioformes (ressemblent à des basides sans stérigmates). Le pileipellis est en ixocutis. Les boucles d’anastomose entre les éléments microscopiques sont parfois présentes.

Ce sous-genre est divisé en 4 sections; les sections Defibulati et Myxacium sont monophylétiques, donc les espèces de ces sections sont bien regroupées. Par contre, la phylogénie démontre que les membres des sections Vibratiles et Delibuti sont très proches des membres des autres sous-genres. La présente taxonomie n’est donc pas fixée et elle sera un jour revue pour prendre en considération les relations phylogéniques entre ces cortinaires.

Au Québec, nous avons peu de cortinaires dans ce sous-genre, seulement 13 espèces sont dans l’index de Mycoquébec. Quelques-uns sont assez communs et sont facilement reconnaissables tels C. trivialis, avec son pied typique orné de bandelettes écailleuses et visqueuses à la base, et C. iodes, qui est complètement violet à lilas avec quelques taches de jaune sur le chapeau et qui pousse sous les chênes.

Clé des sections du sous-genre Myxacium

(selon Funga Nordica)

Spores subglobuleuses; chapeau et voile universel jaunâtres ou bleuâtres  → Section Delibuti

Spores amygdaloïdes, ellipsoïdes, légèrement ellipsoïdes ou citriformes; chapeau jaune, brun ou bleuâtre; voile universel blanchâtre ou bleuâtre → 

C. delibutus (section Delibuti);

Cortinarius delibutus (section Delibuti);

 

Saveur amère; chapeau 1-6 cm; spores < 9,5 µm de longueur → Section Vibratile

 Saveur douce; chapeau 6-13 cm; spores > 9,5 µm de longueur —> ③

C. vibratilis (section Vibratiles);

Cortinarius vibratilis (section Vibratiles);

Spores amygdaloïdes, ellipsoïdes ou légèrement fusiformes, légèrement verruqueuses, boucles présentes, cellules marginales petites, basidioformes, odeur indistincte, pied brunissant à la base → Section Myxacium

Spores citriformes, densément verruqueuses, boucles absentes, cellules marginales grandes, abondantes, clavées à sphéropédonculées, souvent avec odeur de miel (en froissant les lames ou la chair); pied ne brunissant pas à la base  →Section Defibulati

C. trivialis (section Myxacium);

Cortinarius trivialis (section Myxacium)

C. mucifluus (section Defubilati);

Cortinarius mucifluus (section Defubilati);

 

 

 

Cette clé est difficile d’application sur le terrain, car elle est basée sur la forme des spores et la présence d’éléments microscopiques. Je vous présente donc une clé basée sur les caractères morphologiques regroupant les cortinaires du sous-genre Myxacium que nous connaissons au Québec. Il ne faut pas oublier que plusieurs espèces de cortinaires ne sont pas encore connues: il se peut que l’exercice soit vain si vous rencontrez un de ces « inconnus »! Retenez qu’un cortinaire du sous-genre Myxacium a le pied et le chapeau collant et que parfois sa cuticule est amère. Avec ces caractères, sus aux Myxacium!

Clé des espèces du sous-genre Myxacium au Québec

Cette clé est interactive. Cliquez sur le renvoi à la droite pour descendre directement à la ligne suggérée. Cliquez sur le numéro de la ligne à la gauche pour retourner à l’énoncé précédent. Les genres représentés sur Mycoquébec sont en vert et sont cliquables.

Pour ceux qui auraient des problèmes à visualiser la clé ici, elle est publiée également sur Mycoquébec. Vous pouvez vous y rendre en cliquant sur le bouton ci-dessous.

Clé des espèces du sous-genre Myxacium au Québec

Remerciement

L’auteur remercie Renée Lebeuf qui a permis l’utilisation de ses photos

Références

  • Funga Nordica, 2nd revised edition, Agaricoid, boletoid, clavarioid, cyphelloid and gastroid genera, Knudsen H, Vesterholt J (eds), Narayana Press, 2012, 774–781. Nordsvamp, Denmark.
  • Site web de Mycoquébec (2015)

 

Les cortinaires, le sous-genre Phlegmacium

par Herman Lambert

Voici le troisième d’une série d’articles préparés par Herman Lambert sur le sujet difficile des Cortinarius. Ces articles mis à jour pour le blogue ont été publiés entre mai 2014 et juillet 2015 dans la revue LE BOLETIN du Cercle des mycologues amateurs du Québec.

Les cortinairesLE BOLETIN, Vol. 61 No 2 Mai 2014 –> Le blogue Mycoquébec, 16 octobre 2015
Les cortinaires, le sous-genre Cortinarius. LE BOLETIN, Vol. 61 No 3 Juillet 2014 –> Le blogue Mycoquébec, 3 novembre 2015
Les cortinaires, le sous-genre Phlegmacium. LE BOLETIN, Vol. 62 No 1 Jamvier 2015 
Les cortinaires, le sous-genre Myxacium. LE BOLETIN, Vol. 61 No 4 Novembre 2014 –> Le blogue Mycoquébec,  14 janvier 2016
Les cortinaires, le sous-genre Telamonia. LE BOLETIN, Vol. 62 No 3 Juillet 2015 –> Le blogue Mycoquébec, 9 mai 2016

De façon simple, on peut décrire le sous-genre Phlegmacium comme celui qui regroupe les cortinaires ayant la surface du chapeau viscidule à glutineux et un pied sec, souvent trapu avec une base bulbeuse plus ou moins abruptement émarginée. Ils sont régulièrement charnus et assez colorés, ils peuvent ainsi être confondus avec ceux du sous-genre Cortinarius surtout lorsque la viscosité du chapeau n’est pas évidente.

Plus précisément, le chapeau est glutineux à presque sec, sa taille varie de 3 à 15 cm de diamètre, il est habituellement hémisphérique à convexe un peu étalé. Sa cuticule (surface) est glabre ou tomenteuse à fibrilleuse et apprimée, parfois finement écailleuse au disque. La viscosité et la texture apparente du chapeau varient selon l’âge et les conditions climatiques. Le chapeau est de couleur blanche, grise, olivacée, verte, jaune, violacée ou brune. Le voile général est parfois abondant et laisse alors des traces sur la cuticule du chapeau et sur le pied. Les lames sont émarginées, serrées à distantes, serrulées ou non, étroites à larges, initialement blanches, grises, olivacées, vertes, jaunes, violacées, bleues ou brunes. Le pied, de 2 à 20 cm de longueur par 0,5 à 5 cm de diamètre, est radicant, cylindrique, clavé ou bulbeux de manière plus ou moins abrupte. Il est blanc, gris, olivacé, vert, jaune, violacé, bleu ou brun. La cortine (voile partiel recouvrant les lames) est abondante devenant rapidement brun cannelle à brun rouille. La chair est blanche, grise, olivacée, bleue ou brune. Chez plusieurs espèces, ils ont une odeur de malt ou faiblement terreuse. Parfois, ils ont une odeur agréable soit de pelure de banane, de miel, de farine, de radis, de marjolaine, de gâteau au citron, de persil, de courge, de céleri ou une odeur déplaisante et fortement terreuse. Les espèces de ce sous-genre sont toxiques, il faut donc éviter de les consommer et même d’y goûter. D’ailleurs, la consommation de C. splendens est considérée comme mortelle.

Les spores sont citriformes, amygdaloïdes, ellipsoïdes ou subglobuleuses. L’ornementation sporale est fine à grossière, rarement lisse et pâle. La surface du pileipilis est de deux types ; soit simple c’est-à-dire composé d’une couche ± épaisse d’hyphes gélatinisés avec pigments intracellulaires très rarement incrustés, soit duplex étant composé de deux couches d’hyphes contenant à la surface des hyphes hyalines de 4 à 8 µm de diamètre et d’un sous-cutis composé d’hyphes ovoïdes, ellipsoïdes à subglobulaires de 10 à 25 µm de diamètre souvent avec pigments incrustés.

Les Phlegmacium sont ectomycorhyziques en association avec une ou quelques espèces de conifères ou de feuillus. Ils ont souvent une préférence sur le type de sol et plusieurs espèces ne sont trouvées que dans des forêts âgées contenant parfois une grande diversité écologique. Certaines espèces de ce sous-genre sont ainsi considérées comme des marqueurs valables pour la détermination d’habitats à grande valeur écologique.

Nous avons plus de 64 espèces de ce sous-genre dans le répertoire des espèces sur Mycoquébec. C’est le troisième plus grand sous-genre de cortinaires après les sous-genres Myxacium et Cortinarius. La clé dichotomique présentée dans l’encadré divise ce sous-genre en 8 sections selon leurs caractères morphologiques. Elle est une traduction de la clé présentée dans le livre Funga Nordica (Knudsen H, Vesterholt J ed., 2012). Des études phylogéniques de ce sous-genre ont été effectuées (Froslev 2007, Garnica 2001, Liimatainen 2014). Elles démontrent qu’un tel classement selon les caractères morphologiques ne correspond pas à la phylogénie. Elles démontrent aussi la difficulté qu’ont eu les auteurs à bien définir les espèces. Par exemple, plusieurs taxons ont été démontré comme représentant la même espèce; l’étude de Liimatainen combine 14 espèces en une seule espèce (C. largus). De plus, les collections étudiées ne correspondent pas toujours à l’espèce type, souvent parce que l’espèce n’a pas été initialement bien décrite laissant ainsi les mycologues qui ont suivi faire leur propre conception de l’espèce.

Clé des sections du sous-genre (selon Funga Nordica)

 

Pied avec un bulbe rond plus ou moins émarginé ou abruptement délimité  → ②

Pied cylindrique, clavé ou radicant → ⑤

Lames originalement jaunes, vertes ou olivâtres → Section A

Lames originalement blanches, violacées, brunâtres, crème ou ocre —> ③

Chapeau initialement violacé ou bleuâtre au moins à la marge → Section B

Chapeau initialement sans teinte violacée ou bleuâtre, mais parfois avec restes véliques violacé  → ④

Lames initialement teintées de violet à bleu et/ou une réaction au KOH de couleur rose distincte sur le bulbe du pied → Section C

Lames initialement blanchâtres, crème ou ochracées ; absence de réaction ou teinte brunâtre lorsque le KOH est appliqué sur le bulbe du pied → Section D

Lames initialement brun olivâtre foncées ; chair amère ; spores subglobuleuses → Section E

⑤ Lames initialement blanches, crème, violacées, bleues, jaunes à verdâtres ; chair douce ; spores ellipsoïdes, amygdaloïdes ou citriformes → ⑥

Lames initialement jaunes ou verdâtres  → ⑦

Lames initialement blanchâtres, brunâtres, ou bleuâtres à violacées  → ⑧

Pileipillis simple ; chapeau non hygrophane, réaction pourpre, rouge ou olivâtre avec le KOH au centre du chapeau ; odeur de pelure de banane, de pomme ou de marjolaine → Section F

Pileipillis duplex ; chapeau souvent hygrophane et avec deux couleurs ; réaction nulle ou brunâtre avec le KOH au centre du chapeau ; odeur nulle ou de miel en broyant la chair → Voir C. scaurus (Section A)

Cuticule du chapeau finement à grossièrement granulée-écailleux au disque (= fines craquelures) devenant glabre vers la marge ; réaction au KOH brun pourpre à olivâtre ; pied avec restes véliques en bandelettes plus ou moins apprimés et glutineux ; odeur de maïs, d’herbes coupées ou de pelure de banane ; lames dans les tons de blanc ochracé à blanc rosâtre → Section F

Chapeau avec fibrilles innées ou glabre, non granuleux-écailleux ni craquelé, mais peut être grossièrement craquelé avec l’âge ou avec de petites taches dues aux restes véliques ; réaction négative ou brunâtre au KOH au centre du chapeau ; pied avec ou sans bandelettes véliques, non glutineux ; odeur non distinctive, déplaisante terreuse, de miel, de farine ou de vieux fromage ; lames blanchâtres, brunâtres ou bleuâtres à violacées  → ⑨

Réaction jaunâtre du KOH sur la chair, parfois formant une zone annulaire → Section G

Réaction négative ou brunâtre du KOH sur la chair → Section H

 

 

La grande difficulté pour l’identification des cortinaires est due à la perte ou la variation de la couleur des champignons avec l’âge ; les lames deviennent presque toujours brun rouille due à la couleur des spores qui y sont produites et plusieurs basidiomes brunissent avec l’âge. Les cortinaires ont un voile général plus ou moins abondant qui est visible sur les jeunes spécimens, mais qui disparait souvent soit parce qu’il est dispersé uniformément sur le champignon mature, soit que les conditions atmosphériques (comme la pluie) le collent sur la cuticule du chapeau et du pied. Ce phénomène est visible lorsque nous manipulons de jeunes spécimens ; on observe souvent un changement de couleur aux endroits touchés. Lorsque le voile général est abondant, on notera des restes véliques en bordure du chapeau, sous forme de bandelettes plus ou moins dispersées sur le pied ou en amas à la base du pied. Il faut donc presque toujours trouver de jeunes spécimens pour réussir une identification. Et encore, pour utiliser les clés d’identification des cortinaires de ce sous-genre telle que celle présentée précédemment, il faut aussi avoir sous la main du KOH (hydroxyde de potassium à 40 % [p/v] c.-à-d. de la soude caustique). L’accès à un microscope est souvent nécessaire pour examiner les spores et parfois le pileipellis et l’hyménium pour identifier l’espèce.

Voici une liste des Phlegmacium du Québec classés selon la section à laquelle ils appartiennent en suivant la clé de Funga Nordica. La réaction au KOH n’étant pas disponible pour toutes les espèces, quelques espèces ne peuvent être classées.

 

Section A

Pied bulbeux, les lames et/ou la chair jaunes, vertes ou olivacées

 

Cortinarius aurilicis   

Cortinarius citrinus    

Cortinarius elegantior

Cortinarius odorifer var. luteolus

Cortinarius olearioides          

Cortinarius scaurus    

Cortinarius sulphurinus

Cortinarius aurilicis / Cortinaire du chêne PHOTO : Renée Lebeuf

Cortinarius aurilicis. PHOTO : Renée Lebeuf

 

Section B

Pied bulbeux ; cuticule du chapeau initialement violacée ou bleue, au moins à la marge

Cortinarius inopinatus Y. Lamoureux nom. prov.

Cortinarius metarius

Cortinarius velicopius

 

Cortinarius velicopius / Cortinaire à voile copieuxPHOTO : Renée Lebeuf

Cortinarius velicopius. PHOTO : Renée Lebeuf

 

 

Section C

Pied bulbeux ; lames avec couleurs violacées ou bleues et/ou bulbipellis distinctement rose avec le KOH

Cortinarius atkinsonianus

Cortinarius calochrous

Cortinarius calochrous var. carolii

Cortinarius camptoros

Cortinarius caryophilus Y. Lamoureux nom. prov.

Cortinarius fulvoochrascens (=C. riederii )

Cortinarius glaucopoides (=Cortinarius glaucopus)

Cortinarius glaucopus

Cortinarius haasii

Cortinarius lilacifolius Y. Lamoureux nom. prov.

Cortinarius platypus

Cortinarius purpurascens

Cortinarius purpurascens var. largusoides

Cortinarius purpureophyllus

 

Cortinarius purpurascens / Cortinaire purpurin PHOTO : Yves Lamoureux

Cortinarius purpurascens. PHOTO : Yves Lamoureux

 

 

Section D

Pied bulbeux ; lames et chair blanchâtres, crèmes ou ocres

Cortinarius albidus

Cortinarius anomalochrascens

Cortinarius bellipes Y. Lamoureux nom. prov.

Cortinarius multiformis

Cortinarius talus

Cortinarius multiformis

Cortinarius multiformis. PHOTO : Herman Lambert

 

 

Section E

Pied ± cylindrique ; lames brunes olivâtres foncées ; chair acre ; spores subglobuleuses

Cortinarius infractus

Cortinarius percomis

Cortinarius subtortus

Cortinarius infractus. PHOTO : Renée Lebeuf

Cortinarius infractus. PHOTO : Renée Lebeuf

 

 

Section F

Pied ± cylindrique ; cuticule du chapeau finement à grossièrement granulée-diffractée au disque, comme finement craquelée ; pied avec guirlandes véliques apprimées ± glutineuses

Cortinarius montanus

Cortinarius olidus

Cortinarius papulosus

Cortinarius papulosus. PHOTO : Yves Lamoureux.

Cortinarius papulosus. PHOTO : Yves Lamoureux.

 

 

Section G

Pied ± cylindrique ; réaction au KOH de la chair jaune, parfois en zone annulaire

 

Cortinarius balteatoalbus

Cortinarius balteatocumatilis

Cortinarius balteatocumatilis var. laetus

Cortinarius balteatus

Cortinarius largus

Cortinarius triumphans

Cortinarius variecolor

Cortinarius variecolor var. marginatus

Cortinarius variecolor var. nemorensis

Cortinarius varius

 

Cortinarius variecolor var. marginatus

Cortinarius variecolor var. marginatus. PHOTO : Jacqueline Labrecque

 

 

Section H

Pied ± cylindrique ; réaction au KOH de la chair nulle ou brunissante

 

Cortinarius argutus

Cortinarius claricolor

Cortinarius corrugatus

Cortinarius crassus

Cortinarius cyanites

Cortinarius leucophanes

Cortinarius populinus

Cortinarius porphyropus

Cortinarius pseudopraestans Y. Lamoureux nom. prov.

Cortinarius rubicundulus

Cortinarius saginus

Cortinarius sphagnophilus

Cortinarius turmalis

 

Cortinarius argutus

Cortinarius argutus. PHOTO : Renée Lebeuf

 

 

Espèces non classées

 

Cortinarius coloratus

Cortinarius luteoarmillatus

Cortinarius olivaceostramineus         

Cortinarius pseudotriumphans Y. Lamoureux nom. prov.

Cortinarius squalidus

 

Remerciement

L’auteur remercie Renée Lebeuf, Jacqueline Labrecque et Yves Lamoureux d’avoir permi l’utilisation de leurs photos.

Références

  • Knudsen H, Vesterholt J (eds) (2012) Agaricoid, boletoid, clavarioid, cyphelloid and gastroid genera,  Funga Nordica, 2nd revised edition, Narayana Press, Nordsvamp, Denmark, pp. 782–826.
  • Garnica S. et al. (2003) Phylogenetic relationships of European Phlegmacium species, (Cortinarius, Agaricales), Mycologia, 95 (6), 1155–1170.
  • Froslev et al. (2007)  Molecular phylogenetics and delimitation of species in Cortinarius section Calochroi (Basidiomycota, Agaricales) in Europe. Molecular Phylogenetics and Evolution, 44, 217–227.
  • Liimatainen K. et al. (2014) The largest type study of Agaricales species to date: bringing identification and nomenclature of Phlegmacium (Cortinarius) into the DNA era, Persoonia, 33, 98–140
  • Champignons du Québec. www.mycoquebec.org