Nom de champignons! no 8 (mars 2016)

par Jacques Landry

Voici une liste des modifications et ajouts qui ont été faits à l’Index des champignons de Mycoquébec entre le 15 décembre 2015 et le 1er mars 2016. Un résumé sommaire des raisons qui justifient ces changements est également présenté. N’hésitez pas à laisser un commentaire au bas de cette page pour indiquer votre opinion sur les changements apportés. Notez aussi que plusieurs des noms changés sont conservés dans la banque de Mycoquébec et demeurent accessibles avec l’outil de recherche.

Dix-sept (17) nouvelles espèces ajoutées à l’index ou illustrées pour la première fois dans Mycoquébec

(*les noms français devront être précisés)

28 février 2016
26 février 2016
24 février 2016
18 février 2016
15 février 2016
11 février 2016
4 février 2016
29 janvier 2016
28 janvier 2016
9 janvier 2016
3 janvier 2016
19 décembre 2015  

Quinze (15) espèces enlevées de l’index.

Ces espèces n’étaient pas illustrées ni décrites et leur présence au Québec est considérée comme douteuse.

  1. Gymnopilus validipes : identification incertaine, la distinction avec G. luteus n’est pas claire, basée uniquement sur la senteur
  2. Inocybe fibrillosipes
  3. Russula brunneidisca Y. Lamoureux nom. prov.
  4. Russula brunneomaculata Y, Lamoureux nom. prov.
  5. Russula cinerascentipes Y. Lamoureux nom. prov.
  6. Russula odora Y. Lamoureux nom. prov.
  7. Russula perparva Y. Lamoureux nom. prov.
  8. Russula sphagnicola Y. Lamoureux nom. prov.
  9. Russula subareolata Y. Lamoureux nom. prov.
  10. Russula subochracea Y. Lamoureux nom. prov.
  11. Russula vernalis Lamoureux nom. prov.
  12. Entoloma luteobrunneum Y. Lamoureux nom. prov.
  13. Inocybe pallidolutea : espèce inconnue sans information.
  14. Russula cicatrica : Les russules identifiées dans la passé comme R. cicatrica seraient plutôt R. squalida.
  15. Strobilurus esculentus
  16. Strobilurus stephanocystis
  17. Strobilurus tenacellus : Les 3 Strobilurus, bien que recherchés, n’ont jamais été trouvés et sont considérés comme absentes d’Amérique par Redhead.
    • Redhead, S. (1980). The genus Strobilurus (Agaricales) in Canada with notes on extralimital species Can J Bot 58, 68–83.
  18. Galerina stylifera var. badia
  19. Galerina stylifera var. caespitosa

Liste des changements de noms effectués

(en orange, la nouvelle désignation)

Hygrocybe tahquamenonensis Y. Lamoureux comb. prov.  ⇒ Hygrocybe tahquamenonensis

La nouvelle combinaison avait été prédite par Yves Lamoureux, elle a été officialisée par Bessette, A.E; Bessette, A.R; Roody, W.C; Sturgeon, W.E., Mycotaxon 123: 92 (2013) [MB#801114]

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Entoloma undulatellum Y. Lamoureux comb. prov. ⇒ Entoloma undulatellum

La combinaison a été faite par Nooderlooss en 2008.

  • Noordeloos ME (2008) Entoloma in North America 2: the species described by CH Peck–type studies and comments. Österr Z Pilzk 17:87–152.

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Galerina stylifera Galerina sideroides / *

Selon Gro Gulden (Funga Nordica) et De Haan et Walleyn (Fungi non delineati Pars XXIII), G. sideroides est un synonyme prioritaire de G. stylifera. La synonymie n’est pas indiquée dans Index Fungorum, mais elle l’est dans Mycobank.

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Psathyrella pallidiceps Y. Lamoureux nom. prov. Homophron pallidiceps Y. Lamoureux nom. prov.

Les psathyrelles du groupe Homophron sont maintenant des Homophron. Un oublie d’un blogue précédent.

  • Örstadius L, Ryberg M, Larsson E (2015) Molecular phylogenetics and taxonomy in Psathyrellaceae (Agaricales) with focus on psathyrelloid species: introduction of three new genera and 18 new species. Mycological Progress 14:25–42. doi: 10.1007/s11557-015-1047-x

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Sphaerosporella hinnulea ⇒ Sphaerosporella brunnea / Pézize brune

Ces deux taxons seraient identiques et S. brunnea est prioritaire. Nous avions les deux noms dans l’Index. S. hinnulea a été enlevé et la photo que nous avions a été déplacé vers S. brunnea.

  • Yao, Y.J., and Spooner, B.M. (1996). Notes on Sphaerosporella (Pezizales), with reference to British records. Kew Bulletin 51, 385.
  • Kuo, M. (2015, February). Sphaerosporella brunnea. Retrieved from the MushroomExpert.Com Web site: December://www.mushroomexpert.com/sphaerosporella_brunnea.html.

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Neonectria coccinea ⇒ Neonectria faginata / Nectrie du hêtre

N. coccinea n’existe pas en Amérique du Nord. On trouve ici plutôt N. coccinea var. faginata qui est maintenant N. faginata. On trouve également en Amérique N. ditissima, qui se distingue facilement de N. faginata par la grosseur de ses ascospores. Nos spécimens devront être déterminés avec plus de soin. Chacune des espèces a une forme anamorphique qui se distingue l’une de l’autre aussi par la grosseur et la forme de leurs macroconidies.

  • Castlebury, L.A., Rossman, A.Y., and Hyten, A.S. (2006). Phylogenetic relationships of Neonectria/Cylindrocarpon on Fagus in North America  Botany 84, 1417–1433.

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Entoloma fuscifolium Y. Lamoureux comb. prov. ⇒ Entoloma fuscifolium 
Entoloma foliomarginatum Y. Lamoureux comb. prov. ⇒ Entoloma foliomarginatum 
Entoloma rhodocylicioides Y. Lamoureux comb. prov. ⇒ Entoloma rhodocylicioides
Entoloma subdepluens (Fitz.) Y. Lamoureux comb. prov. ⇒ Entoloma subdepluens
Entocybe turbida  ⇒ Entoloma turbidum
Entocybe vinacea var. fumosipes  ⇒ Entoloma vinaceum var. fumosipes
Entocybe melleogrisea   Entoloma melleogriseum

On sait depuis 2009 que les différents genres décrivant les Entoloma s.l. ne sont pas monophylétiques et que leur définition devra être revue. Suite à ces études, nous utilisons un seul genre, Entoloma, du moins lorsque la combinaison existe. Certaines espèces avaient d’ailleurs été recombinées provisoirement (par Y. Lamoureux). L’article de Blanco-Dios vient régulariser ces recombinaisons et en faire d’autres qui sont insérées dans l’Index.

  • Blanco-Dios, J.B. (2015). Notas sobre el género Entoloma s.l. en el noroeste de la Península Ibérica (VII): nuevas combinaciones y nuevos nombres. Tarrelos 32–38.
  • Co-David, D., Langeveld, D., and Noordeloos, M.E. (2009). Molecular phylogeny and spore evolution of Entolomataceae. Persoonia 23, 147–176.

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Pluteus petasatus ss. auct. amer.   Pluteus petasatus

La présence de ce taxon a été confirmée au Québec. «ss. auct. amer.» n’est plus requis.

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Pseudochaete tabacina   Hymenochaetopsis tabacina 
Hydnochaete olivacea (= Pseudochaete olivacea) ⇒  Hymenochaetopsis olivacea

Le genre Pseudochaete, représenté par son espèce type P. tabacina et dans lequel on venait de placer H. olivacea est un nom illégitime (nomen illegitimum), car ce genre est déjà utilisé depuis 1903 pour certaines algues. Un nouveau nom de genre vient d’être proposé : Hymenochaetopsis (qui ressemble à Hymenochaete).

  • Yang, J., Dai, L.-D., and He, S.-H. (2016). Hymenochaetopsis nom. nov. proposed to replace Pseudochaete (Hymenochaetales, Basidiomycota) with descriptions of H. laricicola sp. nov and H. gigasetosa new to China. Mycological Progress 15, 13–18.
  • Parmasto, E., Saar, I., Larsson, E., and Rummo, S. (2014). Phylogenetic taxonomy of Hymenochaete and related genera (Hymenochaetales). Mycological Progress 13, 55–64.

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Lentinus strigosus / Lentin strigueux  Panus neostrigosus / Pleurote strigueux

Lentinus strigosus étant maintenant un Panus ne peut s’appeler Panus strigosus, ce nom (Panus strigosus Berk. & M.A. Curtis) étant un ancien nom de Lentinus levis (Berk. & M.A. Curtis) Murrill. Pour cette raison, le nom de Panus neostrigosus lui a été attribué par Drechsler-Santos et coll. en 2012. En français, il deviendrait un pleurote comme l’autre Panus, Panus conchatus / Pleurote en éventail.

  • Drechsler-Santos, E.R., Wartchow, F., Coimbra, V.R.M., Gibertoni, T.B., and Cavalcanti, M.A.Q. (2012). Studies on lentinoid fungi ( Lentinusand Panus) from the semi-arid region of Brazil 1. The Journal of the Torrey Botanical Society 139, 437–446.

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Clitocybe candicans  ⇒ Leucocybe candicans
Lyophyllum connatum (Clitocybe connata) ⇒ Leucocybe connatum
Clitocybe phaeophthalma ⇒ Singerocybe phaeophthalma
Clitocybe pruinosa⇒ Rhizocybe pruinosa

Il est bien accepté que le genre Clitocybe est hautement polyphylétique, se retrouvant même dans plusieurs familles distinctes du clade tricholomatoïde (Entolomataceae, Lyophyllaceae et dans des clades soeurs à celles-ci).  Sa réorganisation est attendue. Toutes les espèces se distançant de l’espèce type C. nebularis devront éventuellement être changées de genre. Il y a quelques années, les études génétiques avaient même exclu certains Clitocybe du clade tricholomatoïde, par exemple,  avec la création du genre Ampulloclitocybe dans les Hygrophoraceae. C’est dans cet élan que nous introduisons dans l’index trois nouveaux genres pour accommoder des Clitobybe éloignés de l’espèce type : SIngerocybe,  Leucocybe et Rhizocybe. Ce n’est qu’un début.

Clitocybe candicans et L. connatum étaient classées dans les familles des Entolomataceae et Lyophyllaceae, mais se retrouvent nettement dans un même clade, dans une famille à redéfinir. La famille d’appartenance des Singerocybe et des Rhizocybe restent également à définir. Un point intéressant, ces trois familles ont des caractères morphologiques très bien définis.

Un quatrième genre clitocyboïde aurait pu apparaitre dans l’index avec l’espèce Atractosporobybe inornata (=Clitobybe inornata). La sous-espèce américaine, Clitocybe inornata ssp. occidentalis n’a malheureusement pas été inclue dans l’étude.

  • Moreau, P.-A., Courtecuisse, R., and Bellanger, J.-M. (2015). Les noms qui changent… (2) Agaricales, Boletales et Tricholomatales. Documents Mycologiques 36, 85–101.
  • Alvarado, P., Moreno Horcajada, G., Vizzini, A., Consiglio, G., Manjón, J.L., and Setti, L. (2015). Atractosporocybe, Leucocybe and Rhizocybe, three new clitocyboid genera in the Tricholomatoid clade (Agaricales) with notes on Clitocybe and Lepista. Mycologia 107, 123–136.

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Marasmius cohaerens var. lachnophyllus  ⇒ Marasmius lachnophyllus Marasme à lames frangées      

Index fungorum semble maintenant reconnaître la variété lachnophyllus comme espèce, ce qui ne surprend personne qui connait bien lachnophyllus, facilement distinguable et beaucoup plus fréquente que la variété cohaerens. Cependant la combinaison Gymnopus lachnophyllus (Berk.) Murrill qu’ils proposent, ne semble pas avoir été utilisée par personne depuis Murrill (1912), non plus par Gilliam qui l’avait placée en variété de cohaerens en 1976. Il nous apparait donc pertinent de reconnaître lachnophyllus comme une bonne espèce et utiliserons désormais la combinaison Marasmius lachnophyllus (Berk.) Morgan, jusqu’à ce qu’une étude vienne éclaircir le tout.

  • M. S. Gilliam (1976) The genus Marasmius in the northeastern United States and adjacent Canada, Mycotaxon 4: 1–144.
  • Index fungorum

 

Pluteus cervinus, un complexe d’espèces à préciser.

 


(version corrigée le 6 décembre)

par Jacques Landry

On soupçonnait depuis longtemps que le taxon Pluteus cervinus (Plutée du cerf) désignait plusieurs espèces distinctes, ici au Québec comme partout dans le monde. Une étude d’envergure vient de le démontrer (1,2). On aurait effectivement une dizaine espèces,  distinctes mais très semblables à ce que nous appelons P. cervinus s.l. (au sens large) au Québec. D’ailleurs la présence de P. cervinus s.s. (au sens strict) n’est pas certaine.  Il s’agit d’une étude énorme. Trois cent quarante-cinq (345) échantillons frais ou séchés de la section Pluteus des Pluteus ont été considérés, cinq cent vingt-sept (527) nouvelles séquences d’ADN ont été générées, et douze nouvelles espèces ont été décrites. Malheureusement, aucun échantillon en provenance du Québec n’est inclus dans l’étude. On ne peut donc conclure avec certitude quant à la présence ou non des nouvelles espèces décrites.  Cependant, des échantillons originant de l’Ontario, Terre-Neuve et du nord-est des États-Unis ont été étudiés, ce qui nous permet de supposer avec assez de certitude quant à la présence de certaines de ces espèces au Québec.

Comment les reconnaître? Malheureusement, il n’existe pas, du moins à l’échelle de l’hémisphère nord entier,  de caractères macroscopiques fiables permettant de les reconnaître. Ceci sera peut-être différent sur un plus petit territoire comme le nôtre, mais pour le savoir nous aurons besoin d’étudier nos espèces et de les comparer entre elles.

Les Pluteus section Pluteus incluent les espèces avec des pleurocystides à paroi épaisse (métuloïdes) et un pileipellis organisé en cutis. P. cervinus est l’espèce type de cette section. Classiquement, elle est reconnue comme ayant une distribution mondiale, bien que l’on sache depuis longtemps qu’elle abrite partout plusieurs espèces distinctes. Au Québec, en plus de P. cervinus, nos auteurs ont reconnu 4 espèces dans la section PluteusP. brunneidiscus, P. atromarginatus, P. salicinus, et Pluteus petasatus ss. auct. amer. Le nombre réel présent au Québec pourrait cependant être plus grand. Des 26 espèces de la section Pluteus définies pour toutes les régions holarctiques, il y en aurait 17 en Amérique du Nord à l’est des Rocheuses, et si l’on se fie aux espèces qui ont été démontrées dans les régions limitrophes, il pourrait y en avoir 11 au Québec. Une clé, traduite de Justo et al. (1),  des 17 espèces de l’est de l’Amérique du Nord, est présentée à la fin.

Parmi les espèces déjà reconnues au Québec, la possibilité que  P. brunneidiscus soit présent au Québec n’est pas remise en question. Son holotype est du Connecticut et il est retrouvé autant dans l’ouest que dans l’est américain (New York et Connecticut). Cependant il est considéré comme rare et ses critères d’identification, définis par nos auteurs québécois d’après les ouvrages originaux, devront aussi être réévalués. Actuellement son identification est basée sur deux caractères majeurs macroscopiques (3): 1- P. brunneidiscus vient seulement sur du bois de conifères; P. cervinus se trouve uniquement sur du bois de feuillus.  2- P. brunneidiscus est inodore alors que P. cervinus est raphanoïde. Ces deux caractères ne sont plus vrais pour P. brunneidiscus. Tout comme P. cervinus, il pousse sur le bois décomposé de feuillus et il sent la « patate ». Aussi, Yves Lamoureux (3) écrit que P. brunneidiscus possède des boucles dans la cuticule; P. cervinus n’en a pas. Cette différence tient la route dans la nouvelle définition de ces espèces. Cependant, encore une fois, plusieurs autres espèces parmi les nouvelles n’ont pas de boucles. Finalement, Yves Lamoureux (3) note que parfois l’arrête des lames de P.brunneidiscus est brunâtre près de la marge du chapeau, ce qui n’est pas décrit pour P. brunneidiscus et pourrait ressembler à P. eos.

 Résumé des caractères distinctifs des espèces susceptibles d’être trouvées au Québec.

Rouge, caractère absent; Vert, caractère présent; Jaune, caractère non utile; qqf : quelquefois.

 

P. atromarginatus pourrait également, comme on le pensait, être présent au Québec, ayant été retrouvé dans tout l’Amérique du Nord. Cependant, il faudra être alerte et ne pas se fier uniquement à sa pigmentation à l’arête des lames, un petit nouveau ayant également cette caractéristique (voir P. eos). Désormais, on pourra être relativement certain de son identification seulement si le spécimen est pigmenté sur toute la longueur de l’arête et si ses pleurocystides portent des crochets (2-5) entiers.

P. petasatus a été confirmé sur la côte Est de la Floride et la Louisiane jusqu’au Maine et l’Ontario et donc pourrait également être au Québec comme on le pense. À l’échelle de l’hémisphère, P. petasatus a une morphologie très variable, et sa couleur blanche et ses écailles servant à sa détermination ici, pourraient être des caractères trop restrictifs. Cependant ses caractères microscopiques sont constants et fiables et pourront confirmer son identification.

P. salicinus n’a pas été trouvé en Amérique et il est donc fort probable que notre espèce soit mal identifiée. Par contre, la variété americanus, portée au niveau d’espèce dans cette étudese retrouve dans les États de New York, Illinois et Michigan. Les traits qui distinguaient P. salicinus de sa variété ne semblent pas très fiables, mais la localisation géographique suffit à les distinguer, ce qui voudrait dire, en conclusion, que nos collections de P. salicinus, caractérisées par une base du pied devenant lentement bleu vert au froissement ou avec l’âge, seraient en fait des P. americanus. 

Comme on s’y attendait, c’est notre concept de P. cervinus qui sera le plus perturbé. P. cervinus est très répandu en Amérique du Nord et particulièrement dans l’Est, certainement de la Caroline du Nord au Massachusetts. Sa présence au Québec est probable mais incertaine, puisqu’il n’a pas été trouvé à Terre-Neuve après que plusieurs collections aient été examinées. C’est une espèce très variable quant à sa couleur, allant du brun, gris-brun, orange-brun, jusqu’au blanc, et aussi quant à son aspect général avec un chapeau qui peut ou non avoir des squamules et des fibrilles radiales. Il est également très variable en grosseur (25 à 150 mm de diamètre). De plus, plusieurs nouvelles espèces lui ressemblent. La combinaison de caractères pour le reconnaître est : une senteur raphanoïde, son développement sur bois décomposé de feuillus (rare sur conifères), l’absence de boucle dans la cuticule et la présence de crochets entiers sur ses pleurocystides. Mais c’est avec 6 autres espèces, dont 5 nouvelles, qu’il faudra comparer les P. cervinus potentiels.

1- Pluteus elaphinus Justo / Plutée des cervidés

P. elaphinus est très semblable morphologiquement à P. cervinus d’où son nom dérivé du grec έλαφος, signifiant « cerf » tout comme cervinus, en latin.  Il a été trouvé à Terre-Neuve, en Ontario et dans l’état de New York. Il se distingue de P. cervinus surtout par la présence de crochets bifides (fendus) sur ses pleurocystides. Tous les autres, sauf P. eos, ont des crochets, entiers (non fendus).

2- Pluteus rangifer Justo, E.F. Malysheva & Bulyonkova / Plutée du caribou.

P. rangifer a été ainsi nommé pour souligner sa distribution géographique similaire à celle du caribou (Rangifer tarandus). C’est la contrepartie boréale de P. cervinus.  Il a été trouvé en Ontario (Parc provincial Algonquin) et se mêle certainement avec nos collections de P. cervinus s.l. P. rangifer a un chapeau généralement plus foncé et un pied plus squamuleux que P. cervinus, mais ces caractères sont très variables et peu fiables. Le seul critère qui semble demeurer est la préférence écologique. P. cervinus préfère les forêts tempérées alors que P. rangifer préfère les forêts boréales. Ceci n’arrange rien pour le Québec où les deux zones existent. Peut-être pourrions-nous espérer trouver P. cervinus surtout dans la région de Montréal et P. rangifer à Québec et plus au nord? Aussi bien s’y faire, la distinction entre P. cervinus et P. rangifer ne sera pas facile à faire et exigera sans doute une détermination moléculaire, du moins au début.

3- Pluteus eos Justo & E.F. Malysheva / Plutée d’Éos

P. eos a été trouvé à Terre-Neuve mais aussi dans l’est de la Russie. Il pousse sur bois décomposé de conifères alors que P. cervinus pousse surtout sur feuillus, mais s’en distingue surtout par la présence de boucles dans le pileipellis. P. eos pourrait être identifiable sur le terrain. Au Québec, il sera vraisemblablement le seul avec P. atromarginatus à avoir des arêtes lamellaires pigmentées et heureusement, ces pigments ne se trouvent que sur une moitié seulement des lames alors qu’ils se trouvent sur toute la longueur dans le cas de P. atromarginatus. La validité de ces caractères macroscopiques pour les distinguer pourra être confirmée par l’examen des crochets sur les pleurocystides. Ils sont bifides dans le cas de P. eos et entiers dans le cas de  P. atromarginatus.

4- Pluteus primus Bonnard /Plutée précoce

P. primus est une espèce dont le type origine de la Suisse, mais qui pourrait être présent au Québec puisqu’il a été trouvé dans le parc Gros Morne à Terre-Neuve sur du bois décomposé, ainsi qu’en Californie.  Il se distingue surtout par la morphologie de ses cheilocystides s’étendant jusqu’à 120(-200) μm, le plus souvent étroitement clavées ou cylindriques et par la présence de boucles à tous les septa des hyphes du pileipellis. Il est presque identique à P. methvenii et P. hibbettii.

5- Pluteus methvenii Minnis & Justo / Plutée de Methven.

Également trouvé à Terre-Neuve, mais aussi en Caroline du Nord et en Louisiane, P. methvenii se distingue de P. primus seulement par la forme et la longueur des cheilocystides. Il se distingue de P. hibbettii par la grosseur des spores.

6- Pluteus hibbettii Justo, E.F. Malysheva & Bulyonkova / Plutée de Hibbett.

P. hibbettii a été trouvé en Ontario et dans les États de New York et du Massachusetts.  Bien que très près de P. eos au niveau génétique, c’est de P. methvenii et P. primus qu’il sera difficile de le distinguer.

Donc pour la plupart de ces espèces, une analyse microscopique précise sera nécessaire, et sans doute qu’il faudra confirmer au niveau moléculaire les premières fois. Toutes les photos sur Mycoquébec des espèces de la section Pluteus risquent donc de ne pas être valables.

Alors à vos microscopes! La tâche sera ardue mais intéressante. Il nous faudra d’abord démonter la présence de l’une ou l’autre de ces espèces au Québec, puis déterminer si et comment nous pouvons les nommer sur le terrain. Espérons tout au moins qu’il sera possible de les nommer suite à une analyse au microscope pas trop élaborée.

Cette clé est interactive. Cliquez sur le renvoi à la droite pour descendre directement à la ligne suggérée. Cliquez sur le numéro de la ligne à la gauche pour retourner à l’énoncé précédent. Les genres représentés sur Mycoquébec sont en vert et sont cliquables.

Pour ceux qui aurait des problèmes à visualiser la clé ici, elle est publiée également sur Mycoquébec. Vous pouvez vous y rendre en cliquant sur le bouton ci-dessous.

Clé des Pluteus section Pluteus

Remerciements :

L’auteur remercie Roland Labbé pour sa lecture critique et Jacqueline Labrecque pour la permission d’utiliser sa photo de P. cervinus s.l.

 

Références :

  1. Justo, A., Malysheva, E., Bulyonkova, T., Vellinga, E.C., Cobian, G., Nguyen, N., Minnis, A.M., and Hibbett, D.S. (2014). Molecular phylogeny and phylogeography of Holarctic species of Pluteus section Pluteus (Agaricales: Pluteaceae), with description of twelve new species. Phytotaxa 180, 1–85.
  2. Justo, A. (2014). Pluteus cervinus complex in NL. Omphalina 5, 4–22.
  3. Lamoureux, Y. (2011) Pluteus brunneidiscus Murrill (A) / Plutée à disque brun. Flickr :  https://www.flickr.com/photos/27441280@N06/6090725550/