Le blogue Mycoquébec http://blog.mycoquebec.org Le blogue sur les champignons du Québec Mon, 05 Jun 2017 20:58:32 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.8.1 https://i2.wp.com/blog.mycoquebec.org/wp-content/uploads/2014/12/Q-carre-549113dev1_site_icon.png?fit=32%2C32 Le blogue Mycoquébec http://blog.mycoquebec.org 32 32 81028766 Neoboletus luridiformis, un nouveau bolet découvert au Québec http://blog.mycoquebec.org/blog/neoboletus-luridiformis-un-nouveau-bolet-decouvert-au-quebec/ http://blog.mycoquebec.org/blog/neoboletus-luridiformis-un-nouveau-bolet-decouvert-au-quebec/#comments Mon, 05 Jun 2017 20:58:32 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=5252 par Jacques Landry Jean Després, auteur de nombreux livres en mycologie et collaborateur assidu de Mycoquébec,  présentait le 31 mai dernier sur sa page Flickr une photo d’un bolet à pores rouges, trouvé à Pointe-aux-Trembles sur l’Île de Montréal. Outre … Lire la suite­­

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par Jacques Landry

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Neoboletus luridiformis
Montréal, juillet 2015 
PHOTO : Jean Després

Jean Després, auteur de nombreux livres en mycologie et collaborateur assidu de Mycoquébec,  présentait le 31 mai dernier sur sa page Flickr une photo d’un bolet à pores rouges, trouvé à Pointe-aux-Trembles sur l’Île de Montréal. Outre le fait inusité qu’un bolet de ce type émerge aussi tôt en saison, celui-ci semblait ne corresponde parfaitement bien à rien de ce qui était connu au Québec.  En juillet 2015, Jean avait photographié un spécimen similaire au même endroit, mais n’avait pu arriver à une identification.  Ce champignon ressemblait à Suillellus luridus, sauf qu’il n’avait pas les réticulations fortes que ce dernier a sur le pied.

C’est Renée Lebeuf qui suggéra qu’il pourrait s’agir de Neoboletus luridiformis : « Ça ressemble beaucoup à Neoboletus luridiformis. Dans leur dernier livre sur les bolets, Bessette et al. le disent présent dans l’est du Canada. Chapeau velouté, brun foncé au début puis devenant brun olive. Pores rouges. Pied ponctué de rouge sur fond jaune, non réticulé ou à peine à l’apex », écrivait-elle en commentaire sous la photo.  Yves Lamoureux se dit d’accord avec cette identification, qui fut d’ailleurs étayée par la mesure des spores qu’en fit Jean.

Neoboletus luridiformis
Montréal, mai 2017 
PHOTO : Jean Després

 

Il faudra donc garder l’oeil ouvert en cette nouvelle saison mycologique qui commence. Ce spécimen a été trouvé sous les chênes rouges, cependant en Europe on le trouverait dans des forêts de feuillus ou encore sous les pins. Dans le nord-est de l’Amérique du Nord, il a été trouvé au moins dans les états du Michigan et de New York  (Mycoportal) où il serait associé également avec les feuillus et les conifères.

Comme son nom l’indique ( luridiformis : de la forme de luridus), il est très semblable à Suillelus luridus. Il s’en distingue principalement par l’absence de réticulations marquées sur le pied.

Selon la clé de Kuo (2013), il se retrouve donc dans un groupe de bolets à pores rouges (non bruns lorsque jeune), dont la chair bleuit à la coupe et au pied non réticulé. Parmi le bolets connus du Québec, il partage ces caractéristiques avec Boletus subrulidellus qui a un chapeau qui semble parfois être brun dû à la présence d’un duvet brun, mais qui est rapidement rouge avec la disparition du duvet, et B. subvelutipes qui lui est vraiment brun. Il se distingue de ces deux derniers par la présence de points (flocons) rouges sur le pied et son chapeau qui peut être brun olive.

Neoboletus luridiformis serait un synonyme de Boletus erythropus et pour l’instant porte le nom français européen de ce dernier, Bolet à pied rouge.

Une description détaillée de Neoboletus luridiformis est déjà sur Mycoquébec. Une clé des bolets à pores rouges et un tableau comparatif sont en préparation.

Les photos ont été utilisées avec la permission de Jean Després.

 

  • Després, Jean. Page Flickr sur les champignons https://www.flickr.com/photos/23521914@N08
  • Bessette AE, Roodey, WC, Bessette AR, (2016) Boletes of Easter North America, Syracuse University Press, Syracuse, New York.
  • Kuo, M. (2013, December). Key to 47 red-pored boletes in North America. Retrieved from the MushroomExpert.Com Web site: http://www.mushroomexpert.com/boletes_red_pored.html

 

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Morille et ail des bois. http://blog.mycoquebec.org/blog/morille-ail-bois/ http://blog.mycoquebec.org/blog/morille-ail-bois/#respond Sat, 20 May 2017 03:38:32 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=5216 Potins mycologiques du 17 mai 2017 par Yves Lamoureux (publication originale sur la page Flickr de l’auteur) Après avoir laissé passer 48 heures de temps chaud et de repos pour mon dos, je suis retourné aux morilles, incapable de me … Lire la suite­­

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Potins mycologiques du 17 mai 2017

par Yves Lamoureux

(publication originale sur la page Flickr de l’auteur)

Après avoir laissé passer 48 heures de temps chaud et de repos pour mon dos, je suis retourné aux morilles, incapable de me retenir. J’ai rapidement visité trois stations de Blondes.

Au premier endroit, visité pour la première fois cette année, je n’ai vu aucune morille. Pourtant, j’en trouve régulièrement quelques dizaines dans cette talle.

J’ai alors décidé d’aller «faire le ménage», expression consacrée signifiant que l’on retourne exactement au même endroit visité deux ou trois jours auparavant, pour y récolter quelques morilles oubliées… car on en oublie toujours! Si bien que ceux qui ont le temps font le «ménage» deux fois à chaque station. Cela permet ainsi de récolter les premières à sortir, puis le gros de la poussée, et enfin les dernières à fructifier. Car la poussée des morilles suit la courbe de la loi normale (la fameuse cloche). Elles ne poussent pas toutes en même temps comme le font d’autres espèces.

J’en avais ainsi laissé cinq, bien cachées dans l’herbe lundi dernier, près de quelques ormes morts. Elles avaient jauni, devenant nettement plus visibles.

Puis je suis retourné faire le ménage à la troisième station, celle des peupliers. Là j’ai décidé de pénétrer un peu vers le milieu de la friche. Ça valait le coup! Une cinquantaine, de toute beauté. Avec un beau Gyromitra gigas en plein centre de la talle. Mais mon foutu dos me pressait de rentrer (je serais bien resté au paradis!). Ainsi, une seule heure sur place m’a permis de cueillir ces belles Blondes!

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Mais l’histoire ne se termine pas là…

Cinquante-quatre belles morilles blondes, contrôlées par le MFFP!

En forêt depuis 6 h 30, je venais donc de terminer la cueillette de ces magnifiques morilles. Mon sac rempli, mon trousseau de clés à la main, je revenais vers la voiture, content de ma récolte. Une fois les champignons rangés dans la glacière, je m’apprêtais à démarrer quand une femme en uniforme (et armée!) m’accosta en me montrant son badge. Elle m’attendait depuis déjà presque une heure…

– Qu’est-ce que vous venez de mettre dans votre glacière?

– Ben… des morilles.

Elle voulait voir. Elle et sa partenaire ont tout vérifié. Elles cherchaient de l’ail des bois… Mes morilles ne les intéressaient pas.
Ail des bois 2

J’ai appris que j’étais surveillé depuis des années! Ma voiture était fichée, de même que mon numéro de plaque. Le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) connaît mes lieux de cueillette (qui correspondent à des talles d’ail des bois, de toute évidence). Jamais les agents n’avaient réussi à m’épingler, mais cette fois, comme elles avaient repéré ma voiture sur le bord de la route, les deux agentes avaient décidé d’attendre que je sorte du boisé pour me… cueillir.

Je n’avais rien à me reprocher, comme elles l’ont reconnu, mais l’incident m’a déstabilisé… Elles ont fouillé la voiture au grand complet, pensant que mon histoire de morilles pouvait n’être qu’une «couverture».

J’ai laissé mes clés dans l’auto, la porte s’est refermée… et s’est verrouillée. Pas de clé de secours dans ma poche! Les agentes, se sentant un peu coupables, ont appelé le CAA pour moi (car bien sûr, mon cellulaire était lui aussi dans la voiture). L’attente risquait de durer ¾ d’heure. Elles ont donc eu la gentillesse de revenir passer près de moi à quelques reprises, jusqu’à l’arrivée de la dépanneuse.

Toute une aventure… Mais ça valait le coup!

Deux jours plus tard

J’y suis retourné ce matin pour dire bonjour à la jolie agente blonde (elle avait au gros max 28 ans). Elle n’était pas là…

J’ai donc dû me contenter d’une autre centaine de Blondes.

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Certaines n’ont pas aimé les deux journées cuisantes suivies du déluge d’hier soir: il a fallu que j’en laisse une bonne dizaine qui commençaient à pourrir. « Dur dur les morilles. »

Plus au nord, il y en avait une dizaine qui sortaient à peine…
—–
Note : Les gens qui me connaissent savent bien qu’en réalité, je préfère les « argentées » (je ne parle pas du compte de banque!).

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Hericium americanum http://blog.mycoquebec.org/blog/hericium-americanum/ http://blog.mycoquebec.org/blog/hericium-americanum/#respond Sat, 20 May 2017 02:36:15 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=5064 L'Hericium americanum (hericium : hérisson) ou hydne américain, est un champignon blanc, charnu, qui pousse sur le bois mort ou en décomposition. Il ressemble à une masse de petits glaçons arrivant d'une base commune

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Excursion dans un aiguillon

par Guy Fortin et Johanne Paquin

 

Hericium americanum (hericium : hérisson) ou l’hydne d’Amérique, est un champignon blanc, charnu, qui pousse sur le bois mort ou en décomposition. Il ressemble à une masse de petits glaçons arrivant d’une base commune, suspendue au substrat ou reposant sur celui-ci.

Ces petits glaçons sont des aiguillons d’environ 0,5-3 cm de longueur, blanchâtres au début, devenant jaunâtres puis rosâtres à brunâtres avec l’âge. (Fig. 1)

Fig-1

Fig. 1- Hericium americanum. ©Guy Fortin

 

Hericium americanum fait maintenant partie de la famille des Hericiaceae, de l’ordre des Russulales, mais il a longtemps été placé dans la famille des Hydnaceae et la description des hyphes de son contexte a été faite à partir du système mitique, un système développé pour décrire les polypores, mais traditionnellement aussi appliqué à plusieurs autres groupes (Tableau 1).

Dans le système mitique, le contexte de la chair de H. americanum est qualifié de monomitique, parce que toutes ses hyphes sont septées, bouclées et ramifiées. Cependant, la description de ses hyphes gagne en précision quand on la fait à partir du système terminologique proposé par H. Clémençon [1, 6-7] (Tableau 2).

 

Tableau 1 – Le système mitique de Corner

Le système mitique a été développé en 1932 par Corner qui a fait la première description précise de la morphologie et de l’organisation des hyphes des polypores (dans Pirlot [4]). Il distingue 3 types d’hyphes selon leurs septa, leurs ramifications et leurs parois

  1.  Les hyphes génératrices : elles sont septées, bouclées ou non, à paroi mince et ramifiées. Leur paroi peut s’épaissir, mais elles gardent des septa et des boucles, si elles sont présentes. Elles donnent naissance aux autres hyphes de l’hyménium.
  2.  Les hyphes de support ou hyphes squelettiques : elles sont rarement septées, à paroi épaissie et non ramifiées.
  3.  Les hyphes ligatives : elles sont rarement septées, à paroi épaissie, très ramifiées, emmêlées et de croissance limitée.

À partir de cette description des hyphes, Corner distingue trois systèmes mitiques :

  • Système monomitique: ne comprend que des hyphes génératrices
  • Système dimitique : comprend des hyphes génératrices et squelettiques ou ligatives
  • Système trimitique : comprend des hyphes génératrices, squelettiques et ligatives

 

Tableau 2 – La terminologie de Clémençon

  • Hyphe indifférenciée
    • Dans le mycélium   = hyphe végétative
    • Dans le basidiome  = hyphe génératrice
  • Hyphe différenciée
    1. Hyphe sclérifiée
      •  Hyphe squelettique (hyphe fibreuse)
        • Hyphe squeletto-ligative
      • Hyphe ligative (hyphe conjonctive, hyphe liante, hyphe collective)
        • Hyphe de type Bovista
      • Hyphe de support (hyphe squelettoïde, hyphe génératrice à paroi épaissie).
    2. Hyphe de stockage
    3. Hyphe physaloïde (hyphe fondamentale de Fayot)
      • acrophysalide 
      • sphérocyte
      • sphérocyste
    4. Hyphe gélifère
    5. Hyphe sécrétrice (son cytoplasme modifié s’appelle un deutéroplasme)
      • hyphe hydroplère
      • hyphe hétéroplère
        • hyphe gléoplère
        • hyphe laticifère
      • hyphe thromboplère

Selon le système de classification des hyphes de Clémençon, le contexte de H. americanum est formé d’hyphes indifférenciées et d’hyphes différenciées (voir Fig. 2).

Ses hyphes indifférenciées sont des hyphes génératrices septées, parfois bouclées, parfois ramifiées à paroi mince. Ses hyphes différenciées sont de trois types : 1- des hyphes physaloïdes, 2- des hyphes sclérifiées du type hyphes de support, septées, parfois bouclées, aussi appelées hyphes squelettoïdes ou hyphes génératrices à paroi épaissie, 3- des hyphes sécrétrices du type hyphes gléoplères, qui sont des hyphes hétéroplères à contenu granuleux qui n’exsudent pas de latex. (Fig. 2 et Fig. 9)

 

Fig-3

Fig. 2- Exemples d’hyphes de la chair d’Hericium americanum : hyphes indifférenciées (génératrices, à paroi amincie, flèches jaunes) ; hyphes différenciées (physaloïde, turgescente, flèche rouge;  sclérifiée, de support, flèche verte) ©Guy Fortin

 

 

L’hyménium

La surface fertile, l’hyménium, qui produit les spores, est située sur le pourtour des aiguillons (Fig. 3). Elle est constituée d’une palissade formée de basides tétrasporées, de basidioles et de gléocystides. (Fig. 4-7)

Fig. 3- Coupe transversale d’un aiguillon d’Hericium americanum montrant le contexte et la palissade hymémiale circulaire. ©Guy Fortin

 

 

La chair

Dans la chair, le contexte est formé d’un enchevêtrement d’hyphes (Fig. 8) alors que dans les aiguillons les hyphes deviennent subparallèles (Fig. 9).

 

La sporée

La sporée est blanche. Les spores sont globuleuses à subglobuleuses, lisses ou très finement rugueuses, amyloïdes. Me = 5,9 × 5,4 µm ; N = 35 (Fig. 10 et 11).

 

 

Glossaire

  • Anse d’anastomose : voir Boucle d’anastomose et Anse dangeardienne  
  • Anse dangeardienne : autre nom des boucles d’anastomose, décrites, entre autres,  par le mycologue français Pierre Clément Augustin Dangeard (1862-1947). Voir Boucle d’anastomose 
  • Basidiome : structure qui supporte l’hyménium produisant les basidiospores. Voir Sporophore
  • Boucle d’anastomose : petite structure latérale recourbée qui relie deux articles, au niveau du septum. On parle alors d’hyphe bouclée
  • Hyphe : mot d’origine grecque huphê (ὑφή) qui signifie tissu, filament
  • Hyphe de support : appelée aussi hyphe squelettoïde ou hyphe génératrice à paroi épaissie. Ces hyphes diffèrent des autres hyphes sclérifiées par la présence de vrais septa, qui ont parfois des boucles (anses d’anastomose). Elles diffèrent des hyphes génératrices par leur paroi épaissie et par leur fonction de support des basidiomes, comme le font les autres hyphes sclérifiées.
  • Hyphe génératrice : hyphe vivante, nucléée, septée, parfois bouclée, à paroi mince, qui constitue le tissu de base des basidiomes des champignons. Appelée hyphe végétative dans les mycéliums
  • Hyphe gléoplère : voir Hyphe hétéroplère
  • Hyphe hétéroplère : hyphe rarement septée, non ramifiée, à paroi épaisse. Le deutéroplasme est fait de gouttelettes ou de fins granules en suspension dans le cytoplasme ou dans un liquide d’apparence huileuse. Lorsque, suite à une rupture de la paroi, le deutéroplasme s’écoule, on parle d’hyphe laticifère; si le deutéroplasme ne s’écoule pas, il s’agit d’hyphes gléoplères
  • Hyphe indifférenciée : hyphe qui constitue le matériel de base de tous les champignons
  • Hyphe laticifère : voir Hyphe hétéroplère
  • Hyphe squelettoïde : voir Hyphe de support
  • Plectenchyme : contexte ou chair de tout champignon
  • Plectologie : étude du contexte (plectenchyme) des champignons, tout comme l’étude des tissus des animaux est appelée histologie
  • Sporophore : structure portant les spores chez les champignons supérieurs. Terme qui remplace : appareil fructifère, fructification, carpophore et sporocarpe

 

 

Références

  1. Clémençon, H. (2012). Cytology and Plectology of the Hymenomycetes (2e éd.). Stuttgart: J. Cramer
  2. Largent, D., Johnson, D., Watling, R. (1977). How to Identify Mushrooms to Genus III: Microscopics Features. CA, É.-U.: Mad River Press Inc.
  3. Moreau, P.-A. (2012). Hyphes et structures chez les Basidiomycota. Adapté de la séance de travaux pratiques de la SMNF, Lille, 10 juin 2012.
  4. Pirlot, J-M. (1997). Mitisme des Polypores.  Historique, description et difficultés. Cercle des Mycologues du Luxembourg belge.
  5. Glossaire mycologique de Mycoquébec : Mycoquebec.org (16 mai 2017)
  6. Fortin, G., Paquin, J. (2015). Histoire d’hyphes I. Le Blogue Mycoquébec
  7. Fortin, G., Paquin, J. (2015). Histoire d’hyphes II. Le Blogue Mycoquébec

 

 

Merci à Jacqueline Labrecque pour la permission d’utiliser ses photographies et à Roland Labbé et Jacques Landry pour leurs conseils et lectures critiques.

 

 

 

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La fonge du Québec, version 2017 http://blog.mycoquebec.org/blog/la-fonge-du-quebec-2017/ http://blog.mycoquebec.org/blog/la-fonge-du-quebec-2017/#respond Thu, 11 May 2017 01:40:57 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=5045  . par Jacques Landry La version 2017 de La fonge du Québec est maintenant disponible  sur l’App Store d’Apple (iPhone / iPad ) et Google Play (Android). Selon le réglage de votre appareil, le téléchargement devrait se faire automatiquement. À noter … Lire la suite­­

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par Jacques Landry

La version 2017 de La fonge du Québec est maintenant disponible  sur l’App Store d’Apple (iPhone / iPad ) et Google Play (Android). Selon le réglage de votre appareil, le téléchargement devrait se faire automatiquement. À noter qu’il faut être très patient lors de la première utilisation, particulièrement sur Android où l’application pourrait ouvrir avant que les photos soient téléchargées, vous donnant l’impression qu’il y a un bogue. Une connexion WIFI pourrait être exigée pour que le téléchargement soit enclenché.

La mise à jour est encore gratuite cette année. Vous êtes invités à faire un don à Mycoquébec.




Nouveautés

La nouvelle version contient la base de données de Mycoquébec telle qu’elle apparaissait sur www.mycoquebec.org en date du 2 mai 2017, ce qui constitue un ajout de 746 photos et de 236 nouvelles espèces. L’application contient désormais des photos de 2 648 espèces pour un total de 19 462 photos. De ces espèces, 2 785 sont décrites en détail du point de vue macroscopique, microscopique et écologique.

La fonge contient maintenant tous les 2800 macrochampignons et myxomycètes connus du Québec. Dans les versions précédentes, les espèces sans photos avaient été exclues faute de documentation démontrant leur présence au Québec. Au cours de l’automne 2016 et l’hiver 2017, la présence de chacune de ces espèces a été validée suite à l’examen de toutes les collections majeures privées ou publiques.

Une petite modification qui sera bien accueillie par ceux qui utilisent une tablette haute résolution Android : les caractères ont été agrandis de 150% sur tous les appareils ayant plus de 800 pixels de large, facilitant ainsi de beaucoup la lecture.

La fonge du Québec est l’encyclopédie des champignons du Québec.  Elle est tout à fait autonome et fonctionne sans connexion internet.

 

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Nom de champignons! No 15 (avril 2017) http://blog.mycoquebec.org/blog/nom-de-champignons-no-15/ http://blog.mycoquebec.org/blog/nom-de-champignons-no-15/#respond Wed, 19 Apr 2017 11:14:46 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=4716 . par Jacques Landry   Voici la dernière série de changements à l’index Mycoquébec avant la mise-à-jour 2017 de La fonge version iOS et Android. À noter surtout l’ajout d’un nouveau Butyriboletus suite à une réévaluation de l’identification d’une collection de … Lire la suite­­

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par Jacques Landry

 

Voici la dernière série de changements à l’index Mycoquébec avant la mise-à-jour 2017 de La fonge version iOS et Android. À noter surtout l’ajout d’un nouveau Butyriboletus suite à une réévaluation de l’identification d’une collection de Renée Lebeuf, et aussi les Elaphocordyceps qui deviennent des Tolypocladium.  Pour le reste, rien de révolutionnaire, pour la plupart des modifications proposées il y a un certain temps et qui semblent maintenant bien acceptées dans la littérature.

Espèces ajoutées à l’index et/ou nouvellement illustrées

 

  • Peziza nivalis / Pézize des neiges : photo ajoutée le 18 avril 2017 par Renée Lebeuf
  • Ascodesmis sphaerospora : cette espèce a été observée il y a presque 2 ans par Jonathan Mack, mais n’avait pas été ajouté à l’index parce qu’il n’y avait qu’une photo de microscopie.
  • Lasiobolus intermedius / Pézize intermédiaire : photo ajoutée le 15 avril 2017 par Jules Cimon.
  • Pithyella frullaniae / Pézize des frullanies : photo ajoutée le 14 avril 2017 par Jules Cimon
  • Clavaria amoenoides / Clavaria fausse-amoena :  photo ajoutée le 9 avril 2017 par Renée Lebeuf
  • Mycena subfusca / Mycène sombre  : photo ajoutée le 9 avril 2017 par Renée Lebeuf
  • Mycena borealis / Mycène boréal : photo ajoutée le 5 avril 2017 par Renée Lebeuf
  • Craterium aureum / Cratère doré : photo ajoutée le 3 avril 2017 par Suzanne Béland
  • Camarophyllus recurvatus / Hygrophore recourbé : photo ajoutée le 28 mars 2017 par Renée Lebeuf
  • Mycena fagetorum / Mycène des hêtraies : photo ajoutée le 28 mars 2017 par Renée Lebeuf
  • Physarum flavidum / Physare jaune : photo ajoutée le 28 mars 2017 par Jules Cimon

Changement de noms

 

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Clitocybe costata ⇒ Infundibulicybe costata
Clitocybe gibba Infundibulicybe gibba
Clitocybe squamulosa  ⇒  Infundibulicybe squamulosa

Clitocybe gibba var. occidentalis a été conservé.

  • Harmaja H (2003) Notes on Clitocybe s. lato (Agaricales). Ann Bot Fennici. 40:213-218 doi: 10.2307/23726720

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Lepista flaccida ⇒ Paralepista flaccida
Lepista inversa ⇒ Paralepista inversa

 

  • Vizzini A, Ercole E (2012) Paralepistopsis gen. nov. and Paralepista (Basidiomycota, Agaricales). Mycotaxon 120:253–267. doi: 10.5248/120.253

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Boletellus intermedius Xerocomellus intermedius

Cette espèce n’avait pas encore été étudiée en 2015 lors du grand ménage des bolets. Alfredo Vizzini le classe maintenant dans les Xerocomellus après avoir étudié, entre autres, une collection de Y. Lamoureux ( Y.L. communication privée, 2016) ) Voir  Index Fungorum no. 303)

 

 

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 Cerioporus admirabilis ⇒ Picipes admirabilis   
 Polyporus americanusPicipes americanus

 

Après les nombreux changements annoncs dans le blogue de juillet  2016, voici que Zhou et al. ont réexaminé le groupe melanopus des Polyporus et y ont apporté quelques autres précisions. D’autres changements suivront sous peu, mais notons pour l’instant ces deux nouveaux Picipes.

Zhou J-L, Zhu L, Chen H, Cui B-K (2016) Taxonomy and Phylogeny of Polyporus Group Melanopus (Polyporales, Basidiomycota) from China. PLoS ONE 11:e0159495–23. doi: 10.1371/journal.pone.0159495

Landry, J,  (2016) Le dernier des Polyporus…, Blogue Mycoquébec

 

 

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Entoloma avellaneum ⇒ Entoloma phaeopileatum 

Lorsque les Nolanea ont été recombinées en Entoloma, Nolanea avellanea est devenue Entoloma avellaneum, ce qui était une erreur car E. avellaneum existait déjà pour une autre espèce. En effet,  N. avellanea et E. avellaneum ont été créé par Murrill en 1917 pour deux espèces différentes et E. avellaneum n’est pas un synonyme de N. avellanea. Mesic et al. (2016) viennent de corriger la situation en renommant cette dernière espèce.

Mešić A, TKALČEC Z, KUŠAN I, MATOČEC N (2016) New names and combinations in the genus Entoloma (Agaricales, Basidiomycota). Phytotaxa 289:296–5. doi: 10.11646/phytotaxa.289.3.11

 

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           Geoglossum glutinosum ⇒ Glutinoglossum glutinosum

 

Hustad VP, Miller AN (2015) Studies in the genus Glutinoglossum. Mycologia 107:647–657. doi: 10.3852/14-328

Hustad VP, Miller AN, Dentinger BTM, Cannon PF (2013) Generic circumscriptions in Geoglossomycetes. Persoonia 31:101–111. doi: 10.3767/003158513X671235

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                           Helvella silvicola ⇒ Wynnella silvicola                                 

 

H. silvicola retourne dans le genre Wynnella suite à l’analyse génétique faite par quelques auteurs.

  • Landeros F, Iturriaga T, Rodríguez A (2015) Advances in the phylogeny of Helvella (Fungi: Ascomycota), inferred from nuclear ribosomal LSU sequences and morphological data. Revista Mexicana de … 86:856–871. doi: 10.1016/j.rmb.2015.09.005
  • Burzynski, M, Voitk . (2017) Wynnella cf. silvicola  Omphalina Vol. VIII, No 2 Mar. 21, 2017.
  • Zhao Q, Brooks S, Zhao Y-C, Yang ZL, Hyde KD (2016) Morphology and phylogenic position of Wynnella subalpina sp. nov. (Helvellaceae) from western China. Phytotaxa 270: 41-48

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Plectania nannfeldtii ⇒ Donadinia nigrella

Nommé à l’orignine Paxina nigrella elle avait du changer de nom lorsque transférée à Plectania car une Plectania nigrella (maintenant Pseudoplectania nigrella) existait déjà. Dans le genre Donadinia, elle peut reprendre l’épithète nigrella.

  • Carbone M, Agnello C, Alvarado P (2013) Phylogenetic studies in the family Sarcosomataceae (Ascomycota, Pezizales). Ascomycetesorg 5:1–12.

 

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Elaphocordyceps capitata ⇒ Tolypocladium capitatum
Elaphocordyceps longisegmentis ⇒ Tolypocladium longisegmentum
Elaphocordyceps ophioglossoides ⇒ Tolypocladium ophioglossoides
Elaphocordyceps valiiformis ⇒ Tolypocladium valliforme

Certains Elaphotocordyceps ont une forme asexuelle connue dans le genre Tolypocladium. Dans une étude bien documentée, Quandt et al. (2014) confirme que les deux noms correspondent à un seul genre. Considérant que Tolypocladium est beaucoup plus ancien et connu que Elaphocordyceps, c’est le premier qui est conservé. Les Tolypocladium sont très bien connus pour la production de métabolites importants en médecine comme la cyclosporine A.

  • Quandt CA, Kepler RM, Gams W, et al (2014) Phylogenetic-based nomenclatural proposals for Ophiocordycipitaceae (Hypocreales) with new combinations in I. IMA Fungus 5:121–134. doi: 10.5598/imafungus.2014.05.01.12

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Boletus aureissimus : identification changée pour  
Butyriboletus taughannockensis /    Bolet jaune doré

  

À la une : Butyriboletus taughannockensis / Bolet jaune doré
PHOTO : Renée Lebeuf.

Toutes les photos de B. aureissimus qui étaient sur Mycoquébec avaient été identifiées sur la base d’une identification faite initialement par Ernst Both. Récemment, cette identification a été mise en doute par G. Safonov sur le forum de Mushroom Observer. Les séquences, l’écologie et la morphologie d’un spécimen de Renée Lebeuf suggèrent très fortement  qu’il s’agit plutôt d’un nouveau Butyriboletus et plus spécifiquement de B. taughannokensis, nommé d’après l’endroit où il a été observé la première fois, Taughannock Falls dans l’État de New-York.  Une discussion détaillée de ce nouveau bolet (1,2) pour le Québec ainsi que des différences entre celui-ci et B. aureissimus se trouvent sur le site de Mushroomobserver (3). B. aureissimus n’est donc pas présent au Québec et a été enlevé de l’index. Le nom français a été conservé pour le moment.

  1. Butyriboletus taughannockensis Safonov, sp.nov. Index Fungorum no. 316  http://www.indexfungorum.org
  2. Description de Butyriboletus taughannockensis www.mushroomobserver.org/250839
  3. Identification par G. Safonov : http://mushroomobserver.org/263101?q=45yd

 

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Ramaria  flava var. parvispora enlevé de l’index. Identification changé pour Ramaria divaricata
Badhamia viridescens enlevé, identification modifiée

 

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Phylogénie des cèpes du Québec http://blog.mycoquebec.org/blog/phylogenie-des-cepes-du-quebec/ http://blog.mycoquebec.org/blog/phylogenie-des-cepes-du-quebec/#respond Sat, 08 Apr 2017 14:00:17 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=4724 . par Jacques Landry En collaboration avec Jean Bérubé, Raymond Archambault, Yves Lamoureux, Renée Lebeuf, Lynn Megarbané et Franck Stefani, qui ont généreusement accepté de partager leurs séquences avant publication dans GenBank. L’analyse de 30 nouvelles séquences ITS confirme au moins 5 … Lire la suite­­

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par Jacques Landry

En collaboration avec Jean Bérubé, Raymond Archambault, Yves Lamoureux, Renée Lebeuf, Lynn Megarbané et Franck Stefani, qui ont généreusement accepté de partager leurs séquences avant publication dans GenBank.

L’analyse de 30 nouvelles séquences ITS confirme au moins 5 clades de cèpes au Québec.

Cepe

À la UNE : Cèpe d’Amérique 
PHOTO : Pierre Rambaud

Boletus clavipes vient d’être éliminé de l’Index de Mycoquébec et les photos associées à ce nom ont été déplacées vers Boletus chippewaensis. B. clavipes et B. chippewaensis sont deux taxons du groupe des cèpes (porcini), apparentés à Boletus edulis, une espèce européenne décrite par Bulliard en 1782. Ceci réduit donc à cinq le nombre de cèpes véritables reconnus au Québec : B. chippawaensis, B. subcaerulescens, B. variipes, B. atkinsonii et B. separans. Une clé des cèpes du Québec est disponible sur le site de Mycoquébec. 

La désignation des cèpes du Nord-Est américain a été historiquement difficile. Pomerleau (1980) en reconnaissait principalement trois espèces : B. edulis, B. separans et B. variipes, mais signalait la présence de plusieurs variétés.

Après avoir constaté lors d’un voyage en Europe des différences morphologiques importantes entre le vrai B. edulis et notre cèpe des conifères, Yves Lamoureux choisi, dans son livre publié en 1991, de nommer notre cèpe d’Amérique Boletus aff. edulis, en attendant, écrivait-il, que des études plus approfondies précisent son identité. Dans la foulée des Européens qui reconnaissaient sur leur territoire de nombreuses espèces de cèpes ressemblant à edulis, il ajoutait également dans son livre, B. clavipes, un taxon décrit en Amérique par Peck, pour désigner une espèce réticulée le plus souvent à la longueur du pied et poussant surtout dans les chênaies. Quelques années plus tard dans une publication sur cédérom (Després et al. 2002), il ajoutait Boletus chippewaensis,  pour la variété au chapeau jaune taché de rouille et B. atkinsonii, pour un taxon ressemblant à B. variipes, mais plus élancé et à réticulations moins évidentes. Dans ce cédérom, les auteurs conservaient le nom B. aff. edulis, pour désigner une espèce brun rouge poussant surtout sous les conifères, le qualifiant de version réduite du Cèpe de Bordeaux (B. edulis).

Dans les années qui suivirent la publication du cédérom, il devint graduellement apparent pour Y. Lamoureux qu’il était inutile de distinguer B. aff. edulis de B. chippewaensis, des individus avec les caractéristiques de ces deux taxons étant souvent trouvés côte à côte. Un concept élargi de B. chippewaensis fut retenu (B. chippewaensis ss. Y. Lamoureux) avec la logique que si ces deux taxons correspondaient à la même espèce, il valait mieux utiliser le nom d’une espèce du Michigan décrite en 1971 par Smith et Thiers que B. edulis, une espèce morphologiquement différente et décrite en Europe (voir encadré 1). C’est sensiblement pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui, B. clavipes est abandonné au profit de B. chippewaensis ss. Y. Lamoureux, les distinctions entre les deux n’étant pas du tout évidentes. À noter que plusieurs mycologues nord-américains considèrent que les deux espèces B. chippewaensis ss. stricto. (au sens strict) et B. edulis sont présentes dans l’est de l’Amérique du Nord et les distinguent d’après la couleur de leur chapeau (Bessette et al. 2016). Ces auteurs considèrent B. clavipes comme synonyme de B. edulis.


Encadré 1

« Personnellement, c’est après avoir vu pousser des cèpes jaunes tachés de roux (= chippewaensis ss. stricto), exactement au même endroit où je voyais habituellement des cèpes brun rougeâtre ou beige jaunâtre terne, que j’ai décidé de mettre « tout ça » sous le même nom. J’ai alors choisi un nom américain valide, Boletus chippewaensis, le seul disponible outre B. clavipes. »

Yves Lamoureux, (2011)  Commentaire sous le fil « Tableau différentiel entre les cèpes au Québec » . Fil de discussion de Champignons du Québec. Flickr


Il faut dire qu’en Europe, des études morphologiques du début des années 2000, supportées plus tard par la génétique, avaient proposé que les caractères comme le partenaire symbiotique, la couleur du chapeau, l’étendu des réticulations ou l’habitat n’étaient pas des caractères discriminants des espèces proches de B. edulis. Parmi les nombreuses espèces reconnues auparavant, seules 4 avaient survécu à ce nouveau concept : B. aereus, B. edulis, B. pinophilus and B. reticulatus (Leonardi et al. 2004, Beugelsdijk et al. 2008). B. edulis était désormais connu pour s’associer autant aux arbres nobles comme le chêne ou le tilleul que le bouleau, le hêtre ou les conifères.

En 2010, une étude génétique étendue aux cèpes provenant de trois continents confirma l’existence de 4 clades pour l’Europe et de 18 pour le monde (Dentinger, 2010). Dans cette étude, deux échantillons nommés B. clavipes, dont un provenant de l’Ontario, ainsi que l’holotype même de B. chippewaensis, se localisaient dans le même clade que B. edulis.

Au cours des dernières années, deux équipes du Québec dirigées d’une part par Jean Bérubé du Centre de foresterie des Laurentides et d’autre part par Raymond Archambault et Franck Stefani du Cercle des mycologues de Montréal ont réalisé le séquençage de la région ITS de l’ADN ribomosique de plusieurs collections de cèpes dont celles de Renée Lebeuf et de Yves Lamoureux, ainsi que de spécimens cueillis lors des rassemblements de la FQGM en 2009 et 2011. Ces séquences ITS se distribuent dans 5 clades comme on s’y attendait selon nos concepts taxinomiques (Fig 1). À noter que B. separans était jusqu’à récemment considéré comme un Xanthoconium à cause de sa sporée sans teinte olive, mais est retourné dans le groupe de cèpes suite à des analyses à plusieurs gènes (Nuhn et al. 2013).

Figure 1. Arbre phylogénétique des cèpes du Québec. L’analyse a été réalisée par la méthode de maximum de vraisemblance basé sur le modèle évolutif proposé par Tamura et Nei (1993). Les séquences ITS (TABLE 1) ont été alignées avec CLUSTALW et l’arbre, construit avec le logiciel MEGA7 (Kumar et al. 2015). L’arbre le plus vraisemblable est illustré à l’échelle, la longueur des branches étant proportionnelle au nombre de substitutions par site. Les chiffres sur les branches indiquent la valeur de bootstrap pour 500 itérations.

 

L’arbre phylogénétique des cèpes du Québec a été refait en y ajoutant des séquences d’holotypes ainsi que de spécimens provenant d’ailleurs. (Fig. 2). Les séquences ITS de nos B. chippewaensis et clavipes, se positionnent autour de l’holotype de B. chippewaensis, ainsi qu’avec tous les B. edulis cueillis autant en Europe, en Chine qu’aux États-Unis (Clade edulis). Les B. subcaerulescens (sauf deux dont les séquences ou les identifications devront être vérifiées) se regroupent avec les B. subcaerulescens d’ailleurs en Amérique dans un clade sœur de l’Européen B. pinophilus. Les spécimens identifiés B. variipes rejoignent (sauf un) les B. variipes nord-américains, dont le type de la variété fagicola, dans un clade sœur des B. variipes d’Amérique centrale. Quant à B. separans, il rejoint un exemplaire de New York avec lequel il forme un clade sœur de l’ensemble des autres Boletus.

Le cas de B. atkinsonii est plus problématique. Seulement deux collections de B. atkinsonii ont été analysées. Une première apparait dans le clade variipes et la deuxième se positionne dans une branche unique. Malheureusement, il n’existe pas de séquence ITS de l’holotype de B. atkinsonii ni d’aucune collection de ce taxon de sorte que l’on ne peut confirmer laquelle des deux collections représente cette espèce, ni même si l’une d’entre elles correspond au vrai B. atkinsonii tel que défini par Peck. La position du premier avec les variipes suggère que les critères morphologiques permettant de distinguer atkinsonii ne sont pas toujours discriminants, ou encore, que B. atkinsonii est très près de B. variipes dans l’évolution et que  la génétique de l’ITS seul ne permet pas de les séparer. Dans un tel cas, il faudrait supposer que le deuxième échantillon analysée n’était pas un B. atkinsonii.  Une recherche dans Genbank avec le logiciel Blast, n’ajoute rien aux données déjà illustrées à la Fig. 2. La séquence du premier échantillon (CMMF0246) trouve en premier le type de B. variipes var. fagicola (identité de 99%, 702/704 bases) alors que le deuxième (HRL1494) nous conduit au mieux vers des séquences de B. aearus (identité de 95%,  782/824 bases).   Il existe une séquence dans GenBank dénommée B. cf. atkinsonii, et déposée par Dentinger and McLaughlin en 2012, Celle-ci correspondrait plutôt à B. nobilissimus, car elle se localise avec l’holotype de ce dernier (le « cf. » indique que les auteurs considéraient que le spécimen ne correspondait pas parfaitement bien au concept de B. atkinsonii).

Figure 2. Arbre phylogénétique des cèpes du Québec et d’ailleurs. L’analyse a été réalisée par la méthode de maximum de vraisemblance basée sur le modèle évolutif proposé par Tamura et Nei (1993). Des séquences ITS disponibles sur Genbank (en gras avec leur identifiant GenBank) ajoutées à celles de la Figure 1 ont été enlignées avec CLUSTALW et l’arbre construit avec le logiciel MEGA7 (Kumar et al. 2015). L’arbre le plus vraisemblable est illustré à l’échelle, la longueur des branches étant proportionnelle au nombre de substitutions par site. Les chiffres sur les branches indiquent la valeur de bootstrap pour 500 itérations.

 

Conclusions

Ces résultats justifient de pas conserver B. clavipes et B. chippewaensis ss. Y. Lamoureux dans notre index. L’un des deux noms suffit puisqu’autant les observations taxinomiques que la génétique suggèrent qu’ils représentent une seule et même espèce. Entre B. chippewaensis ss. Y. Lamoureux et B. clavipes, c’est le premier qui doit demeurer étant antérieur à B. clavipes  (voir l’encadré 2).


Encadré 2

« Quand le mycologue américain Charles H. Peck a décrit B. edulis var. clavipes, à la fin du 19e siècle, il voulait simplement souligner qu’il n’y avait pas de jeune cèpe à pied ventru-obèse dans l’est de l’Amérique du Nord, comme chez le vrai B. edulis d’Europe. »

« La variété décrite par Peck a été élevée au rang spécifique par Pilát et Dermek en 1974, soit trois ans plus tard que la création du taxon B. chippewaensis A. H. Smith & Thiers, en 1971. Ce dernier est donc prioritaire. »

Yves Lamoureux, (2016)  Boletus chippewaensis A. H. Sm. & Thiers (A) / Cèpe d’Amérique. Page personnelle Flickr 


Dessin (iconotype) de Boletus edulis par Bulliard en 1782 Bulliard, P., Herbier de la France, vol. 2: t. 60 (1776-1783)

B. chippewaensis, B. edulis ou les deux ? Les edulis américains sont très près sinon identiques aux edulis européens ou chinois. C’est ce que suggèrent les analyses ITS présentées ici et précédemment (Dentinger et al. 2010 ), mais aussi les analyses multigéniques (Hosen et al. 2012).  Dans ces conditions, nous serions tout à fait justifiés, tout comme le font Bessette et al. (2016), de nommer notre Cèpe d’Amérique, B. edulis, malgré les différences morphologiques entre la forme européenne et la forme américaine. Dans le cas de B. chippewaensis, seulement la séquence ITS est disponible pour l’holotype, ce qui n’est pas suffisant pour conclure si ce taxon (chapeau jaune avec taches de rouille) est distinct ou identique à B. edulis.

Il est difficile de conclure concernant ce que nous nommons B. atkinsonii. D’autres données, autant moléculaires que taxinomiques sont nécessaires.  Étant très rare, ce champignon n’est pas très bien connu et peu de mycologues au Québec l’ont vu dans toutes les phases de sa croissance. Les résultats présentés ici pourraient suggérer que notre concept est mal défini et comprend deux espèces distinctes.

Il faudra également suivre la littérature de près quant au sort du taxon B. subcaerulescens, qui pourrait bien ne pas résister à une étude génétique plus poussée et être un jour fusionné avec l’Européen B. pinophilus (Hosen et al. 2012).

TABLE 1 : Origine des séquences utilisées.

Capture

Remerciements

L’auteur remercie Pauline Dubé, Yves Lamoureux et Roland Labbé pour leurs commentaires éclairés et nombreuses suggestions.

 

RÉFÉRENCES

  • Bessette AE, Roodey, WC, Bessette AR, (2016) Boletes of Easter North America, Syracuse University Press, Syracuse, New York.
  • Beugelsdijk DCM, Van Der Linde S, Zuccarello GC, et al (2008) A phylogenetic study of Boletus section Boletus in Europe. Persoonia 20:1–7. doi: 10.3767/003158508X283692
  • Bulliard, P., Herbier de la France, vol. 2: t. 60 (1776-1783)
  • Dentinger BTM, Ammirati JF, Both EE, et al (2010) Molecular phylogenetics of porcini mushrooms (Boletus section Boletus). Mol Phylogenet Evol 57:1276–1292. doi: 10.1016/j.ympev.2010.10.004
  • Després, J., Lamoureux Y., Boyer, R., Archambault, R., Jean, A. (2002). Mille et un champignons du Québec. [Cédérom, Windows 32 bits]. Cercle des mycologues de Montréal, Montréal.
  • Hosen MI, Feng B, Xu J, et al (2012) DNA Sequence Analyses Reveal Abundant Diversity, Endemism and Evidence for Asian Origin of the Porcini Mushrooms. PLoS ONE 7:e37567–12. doi: 10.1371/journal.pone.0037567
  • Kumar S., Stecher G., and Tamura K. (2016). MEGA7: Molecular Evolutionary Genetics Analysis version 7.0 for bigger datasets.Molecular Biology and Evolution 33:1870–1874. doi: 10.1093/molbev/msw054
  • Lamoureux, Y. (1991) Champignons du Québec, Tome 2, Les Bolets. Cercle des mycologues de Montréal.
  • Leonardi M, Paolocci F, Rubini A, et al (2005) Assessment of inter- and intra-specific variability in the main species of Boletus edulis complex by ITS analysis. FEMS Microbiology Letters 243:411–416. doi: 10.1016/j.femsle.2005.01.003
  • Nuhn ME, Binder M, Taylor AFS, et al (2013) Phylogenetic overview of the Boletineae. Fungal Biol-Uk 117:479–511. doi: 10.1016/j.funbio.2013.04.008
  • Pomerleau R (1980) Flore des champignons au Québec et régions limitrophes. Les Éditions la Presse, Ltée
  • Tamura K., Nei M. (1993). Estimation of the number of nucleotide substitutions in the control region of mitochondrial DNA in humans and chimpanzees. Molecular Biology and Evolution 10:512-526.
  • Smith AH, Thiers HD (1971) The boletes of Michigan. The University of Michigan Press

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Nom de champignons! No 14 (Mars 2017) http://blog.mycoquebec.org/blog/nom-de-champignons-no-14-mars-2017/ http://blog.mycoquebec.org/blog/nom-de-champignons-no-14-mars-2017/#comments Thu, 23 Mar 2017 19:45:24 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=4437 . par Jacques Landry Voici la liste des modifications apportées au cours du dernier mois à l’index des champignons du Québec. — 21 noms enlevés — 1 espèce ajoutée  — 9 premières photos d’espèce — 2 changements de nom. Avec les modifications … Lire la suite­­

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par Jacques Landry

Voici la liste des modifications apportées au cours du dernier mois à l’index des champignons du Québec. — 21 noms enlevés — 1 espèce ajoutée  — 9 premières photos d’espèce — 2 changements de nom.

Avec les modifications annoncées aujourd’hui, l’index des champignons de Mycoquébec est à jour et contient maintenant tous les macrochampignons observés au Québec et seulement des champignons dont la présence est documentée. Depuis novembre dernier, après examen des listes de récoltes des dernières années de tous les groupes de mycologues du Québec et aussi de beaucoup de collections, inventaires et listes privées comme publiques, nous avons enlevé (incluant les changements d’aujourd’hui) tout près de 300 espèces qui n’ont jamais été trouvées au Québec et ajouté environ 75 qui, au contraire, étaient rapportées, mais n’étaient pas dans l’index.

Ceci termine notre grand ménage amorcé l’automne dernier. N’hésitez pas à nous indiquer toute espèce qui serait dans vos listes, mais qui est absente de Mycoquébec.

Toutes les espèces présentes dans l’index sont décrites (ou presque) sur le site de Mycoquébec. Par contre, nous avons encore quelque 170 espèces qui ne sont toujours pas illustrées.  Nous attendons vos photos. 

 

Photo à la une : Cribraria argillacea. Microscopie: Jacqueline Labrecque Identification: Jacqueline Labrecque et Roland Labbé Recherche et correspondance: Roland Labbé Confirmation: Steven Stephenson PHOTO : Jules Cimon

Photo à la une :
Cribraria argillacea.
PHOTO : Jules Cimon 2016

Espèces ajoutées à l’index et/ou nouvellement illustrées

Liste des espèces enlevées

  • Albatrellus citrinus : possiblement au Québec sous épinettes de Norvège, mais non encore trouvé (1)
  • Amyloporia carbonica : toujours pas ici, mais trouvé dans l’État de New-York (1)
  • Amyloporia crassa s.l. : A. cretacea trouvé dans les États de New-York et du Michigan (1)
  • Antrodia sinuosa : complexe d’espèces mal interprétées dans la littérature (1)
  • Antrodiella incrustans : aucune donnée (1)
  • Aurantiporus fissilis : aucune donnée – espèce européenne (1)
  • Crepidotus cesatii var. subsphaerosporus : l’identification de l’unique collection a été modifiée
  • Diderma cingulatum : ajouté en 2015, mais l’identification a été modifiée
  • Diplomitoporus overholtsii : aucune donnée (1)
  • Fibroporia gossypium : aucune donnée (1)
  • Gloeophyllum carbonarium : jamais trouvé au Québec, mais il devrait y être (1).
  • Hapalopilus mutans : aucune donnée – espèce européenne (1)
  • Haploporus odorus : trouvé dans l’ouest-canadien par Gilberson;  possible sur petits saules nordiques (1)
  • Inonotus weirianus : présent dans l’ouest de l’Amérique (1)
  • Lactarius nancyae : Identification changée et photos transférées à L. carbonicola
  • Limacella guttata : Pomerleau en parle dans son livre  ( sous L. lenticularis ), mais le dit inconnu du Québec
  • Mycena cariciophila : trouvée au Nouveau-Brunswick
  • Perenniporia variegata : aucune donnée
  • Postia rancida : trouvé dans l’État de New-York
  • Postia rennyi :  Observé dans le Maine par Sam Ristich (2)
  • Pseudocolus fusiformis : présent dans le Maine (1)
  • Pseudofistulina radicata : pourrait se trouver dans les parties chaudes du Québec (Outaouais) (1)

  1. Serge Audet (2017), communication privée à Roland Labbé
  2. Gilbertson RL, Ristich S (1997) Oligoporus rennyi in North America. Mycotaxon 64:349-352

Espèces conservées malgré qu’elles n’aient pas encore été trouvées au Québec

  • Phylloporia ribis :  trouvé à Ottawa; à chercher dans l’Outaouais (1)
  • Hemimycena delectabilis : Espèce trouvée par Renée Lebeuf en Ontario tout près de la rivière des Outaouais qui sépare le Témiscamingue de l’Ontario
  • Entoloma nodosporum, trouvée par Yves Lamoureux tout près de la Frontière Québec-USA
  • Lacrymaria subcinnamomea : selon Pomerleau il croît rarement au sud du Québec
  • Lactarius paludinellus : selon Pomerleau (2), il pousse au sud du Québec, dans les tourbières et les lieux humides en forêt. La collection-type de Peck vient de l’État de New York.
  • Lactarius pseudodeceptivus : Présent au Québec selon Hesler et Smith (3)
  • Gymnopilus bellulus : selon Pomerleau il serait présent au sud du Québec. Présent à Terre-Neuve.
  1. Serge Audet (2017), communication privée à Roland Labbé
  2. Pomerleau R (1980) Flore des champignons au Québec et régions limitrophes. Les Éditions la Presse, Ltée
  3. Hesler, LR, Smith, AH, (1979) North American species of Lactarius. The University of Michigan Press p 243

Changement de noms

 

Meiorganum curtisii ⇒ Pseudomerulius curtisii

Une analyse de l’ADN confirme la proposition datant de 1985 par Redhead et Ginns concernant P. pseudomerulius. L’espèce retourne dans les Tapinellaceae avec P. aureus.

  • Baldoni DB, Coelho G, Jacques R, Silveira R (2012) Brown rotting fungus closely related to Pseudomerulius curtisii (Boletales) recorded for the first time in South America. Mycosphere 3:533–541.
  • Redhead, S.A., Ginns, J. (1985). A reappraisal of agaric genera associated with brown rots of wood. Transactions of the Mycological Society of Japan. 26:349-381

 

Chroogomphus flavipes ⇒ Gomphidius flavipes

Ceci est reconnu depuis longtemps, mais n’avait pas encore été changé dans l’index.

  • Miller OK (2003) The Gomphidiaceae revisited: a worldwide perspective. Mycologia 95:176–183.

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Le Lepista nuda, au-delà du « Pied bleu »… http://blog.mycoquebec.org/blog/lepista-nuda-dela-pied-bleu/ http://blog.mycoquebec.org/blog/lepista-nuda-dela-pied-bleu/#respond Mon, 20 Mar 2017 15:02:58 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=4494 Guy Fortin et Johanne Paquin décrivent le Lepista nuda (Pied bleu) dans tous les détails macroscopiques comme microscopiques.

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par Guy Fortin et Johanne Paquin

avec la collaboration de Roland Labbé

Le Lepista nuda (Fig. 1, 2) – Le nom de genre Lepista est un mot latin qui signifie aiguière, gobelet. L’épithète nuda quant à elle signifie glabre, lisse. Ce champignon a un chapeau glabre et lisse et le chapeau de certaines espèces du genre Lepista a tendance, à maturité, à devenir infundibuliforme, c’est-à-dire, en forme de pichet, de verre à vin.

1

Fig. 1 – Lepista nuda / Pied bleu. ©Guy Fortin

2

Fig. 2- Lepista nuda. Chapeau et lames. ©Guy Fortin

Le mycologue français Jean-Baptiste-François-Pierre Bulliard l’a décrit pour la première fois en 1790 et l’a appelé Agaricus nudus. En 1871, le mycologue allemand Paul Kummer l’a transféré dans le genre Tricholoma et, la même année, Mordecai Cubitt Cooke l’a déplacé dans le genre Lepista. En 1969, Howard E. Bigelow et Alexander H. Smith ont proposé le nom Clitocybe nuda, mais Lepista demeure aujourd’hui le nom de genre préféré bien qu’au cours des derniers siècles, il ait porté plusieurs autres noms comme : Agaricus nudus, Agaricus bulbosus, Agaricus bicolor, Cortinarius bicolor, Cortinarius nudus, Tricholoma nudum, etc. Aujourd’hui, au Québec, on le connaît surtout sous le nom de Lepista nuda / Pied bleu (Fig. 3) [5 , 6] .

3

Fig. 3- Lepista nuda. Vue dessinée de profil et en coupe radiale. ©Guy Fortin

Ce champignon est un basidiomycète de la famille des Tricholomataceae. Il a un chapeau allant jusqu’à 15 cm de diamètre, déprimé à maturité, glabre, lisse, souvent pourpré vers le pourtour. Ses lames sont adnées, facilement détachables, serrées et pourpres. Son pied est trapu, égal, souvent bulbeux, pourpre à lilas bleuté, souvent avec un mycélium basal duveteux. Sa chair est molle, flexible, blanchâtre, teintée de fauve vineux pâle dans le pied. Il a une odeur et une saveur agréables. La sporée est rosâtre à crème rosâtre [1].

C’est un saprotrophe qu’on rencontre souvent groupé et qu’on cueille en fin de saison.

Bon comestible, il peut quand même causer des troubles digestifs à l’occasion et ne doit pas être mangé cru. Comme beaucoup de champignon, L. nuda contient un sucre, le tréhalose (Encadré 1)

**********************

Encadré 1

Le tréhalose est un disaccharide que certaines personnes ne peuvent digérer parce qu’elles ne produisent pas de tréhalase, l’enzyme nécessaire pour scinder le tréhalose en deux molécules de glucose, lesquelles sont absorbées et métabolisées normalement par l’organisme [10, 13, 14].

La présence de tréhalose dans un organisme vivant lui permettrait de résister à la déshydratation, un phénomène appelé anhydrobiose. L’action protectrice du tréhalose est probablement due, en partie, à sa capacité de former un liquide extrêmement visqueux, procédé appelé vitrification, qui protège la cellule de la destruction pendant une déshydratation prolongée et permet la reviviscence lorsque l’humidité revient [9 ,11,12].

*************************

Le Lepista nuda est aussi réputé posséder des propriétés antioxydantes et une activité antimicrobienne [7,  8].

Il peut facilement être confondu avec d’autres espèces proches, Lepista graveolens et Cortinarius lilacinus, qui ne sont pas comestibles.

Lepista nuda se distingue de Lepista graveolens par sa couleur plus foncée, surtout celle des lames, mais ce critère s’estompe avec l’âge quand le Lepista nuda se décolore et ressemble de plus en plus au Lepista graveolens. Par ailleurs, Lepista nuda a une odeur agréable de jus d’orange congelé alors que Lepista graveolens a une odeur forte de moisi (Fig. 4) [2].

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Fig. 4- Lepista nuda vs Lepista graveolens. ©Fernand Therrien et Gaétan Lefebvre

 

Lepista nuda se distingue de Cortinarius lilacinus par ses lames facilement détachables de la chair, par l’absence d’une cortine et par sa sporée crème rosâtre laquelle est brun rouille chez Cortinarius lilacinus (Fig. 5).

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Fig. 5- Lepista nuda vs Cortinarius lilacinus. ©Fernand Therrien

Au microscope optique, la face des lames (Fig. 6) montre de grosses cellules, des basides, à l’apex desquelles se trouvent quatre basidiospores. Les basides sont les plus grosses cellules qu’on trouve sur l’hyménium. Elles sont entourées de cellules plus petites sans basidiospores, des basidioles. Il n’y a pas de cystides hyméniales (Fig. 7) [4].

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Fig. 6- Lepista nuda. Coupe transversale d’une lame. ©Guy Fortin

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Fig. 7- Lepista nuda. Basides et basidioles. ©Guy Fortin

Les spores (Fig. 8) sont ellipsoïdes, lisses à verruculeuses. Les détails de l’ornementation de leur surface s’observent surtout au microscope électronique [4].

Dans chaque spore, on voit une ou plusieurs guttules (Fig. 8) dont le contenu a été identifié comme étant des lipides. La grande quantité de lipides retrouvée dans les spores par rapport à la quantité de lipides présente dans les basides à la fin de la formation des spores suggère que les lipides se sont accumulés dans ces dernières pendant leur formation. Les lipides joueraient un rôle important dans la survie des spores et donc du champignon lui-même. Le rôle des lipides serait d’être une réserve d’énergie, et pourrait aussi servir à la synthèse d’hydrates de carbone et d’acides aminés [4].

Leur formule dimensionnelle des spores est : Me = 6,1 × 3,9 µm ; Qe = 1,6 (Fig. 8)

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Fig. 8- Lepista nuda. Spores avec guttules lipidiques. ©Guy Fortin

La trame lamellaire est sous-régulière à régulière et formée surtout d’hyphes turgescentes (physaloïdes) septées, bouclées (Fig. 9, 10). Certaines de ces hyphes ont des dimensions impressionnantes : Me = 52,6 × 9,3 µm ; N = 9 (Fig. 11)

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Fig. 9- Lepista nuda. Trame lamellaire sous-régulière à régulière. ©Guy Fortin

Au niveau du sous-hyménium, les hyphes de la trame deviennent de plus en plus étroites : Me = 52 × 3,9 µm ; N = 4 (Fig. 10).

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Fig.10- Lepista nuda. Trame lamellaire, sous-hyménium et hyménium. ©Guy Fortin

Hyphes et boucles-5

Fig.11- Lepista nuda. Hyphes physaloïdes de la trame lamellaire et basidioles. ©Guy Fortin

Quant au pileipellis, il est formé d’hyphes irrégulièrement enchevêtrées, en partie ramifiées, septées, bouclées de 3,5 à 5,5 µm de diamètre (Fig. 12).

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Fig. 12- Lepista nuda. Pileipellis formé d’hyphes irrégulièrement enchevêtrées. ©Guy Fortin

Conclusion

Le Lepista nuda est d’une persistance remarquable : il paraît que si on en coupe un, il en repousse deux, que si on en décapite un, le pied (toujours comestible) continue sa croissance même sans chapeau [3].

Il peut servir à teinter les tissus ou le papier en vert-gazon et non, comme on pourrait le croire, en lilas, bleu ou pourpre. Pour obtenir le colorant vert, on détaille le champignon et on le fait bouillir dans l’eau dans un chaudron en fer [5].

Nos remerciements à Jacques Landry pour ses conseils.

Références

  1. Labbé, R. (2014). Description de l’espèce sur Mycoquébec. 
  2. Lamoureux, Y.  Lepista graveolens (Peck) Dermek / Lépiste à odeur fétide ?
  3. Arora, D. (1986). Mushrooms Demystified (2e éd.). Ten Speed Press. Berkeley
  4. [4] Letícia V et coll. (2008). Morphological and cytochemical characterization of spores and gills of Lepista sordida. Braz J Microbiol. 2008 Jul-Sep; 39(3): 599–601. ?
  5. First Nature, Lepista nuda (Bull.) Cooke – Wood Blewit ?
  6. Wikipedia, Pied bleu – Lepista nuda ?
  7. Pinto S, Barros L, Sousa MJ, Ferreira I (2013) Chemical characterization and antioxidant properties of Lepista nuda fruiting bodies and mycelia obtained by in vitro culture: effects of collection habitat and culture …. Food research international 51:496–502.  ?
  8. Mercan, N., Duru, M.E., Turkoglu, A. et al. Ann. Microbiol. (2006) 56: 339. ?
  9. Borensztein, P. (2000). Le tréhalose : un cryoprotecteur très efficace? Médecine/sciences 2000; 16 : 1265
  10. Wikipedia, Tréhalose ?
  11. Crowe JH, Carpenter JF, Crowe LM. (1998) The role of vitrification in anhydrobiosis. Annu Rev Physiol. 60:73-103. ?
  12. Crowe JH, Hoekstra FA, Crowe LM. (1992) Anhydrobiosis. Annu Rev Physiol. 54:579-599.  ?
  13. Encyclopaedis of Life,  Clitocybe nuda ?
  14. Barceloux. DG (2008) Medical Toxicology of Natural Substances: Foods, Fungi, Medicinal Herbs, Plants, and Venomous Animals. John Wiley & Sons ?

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De Carl Linnæus à Carl von Linné, jusqu’au nom des champignons http://blog.mycoquebec.org/blog/de-carl-linnaeus-a-carl-von-linne-jusquau-nom-des-champignons/ http://blog.mycoquebec.org/blog/de-carl-linnaeus-a-carl-von-linne-jusquau-nom-des-champignons/#respond Thu, 09 Mar 2017 19:00:28 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=4345 . par Guy Fortin et Johanne Paquin Carl von Linné (Encadré 1) est bien connu. Ce célèbre naturaliste suédois est né en 1707. Il est passé à l’histoire surtout pour ses travaux sur le classement des animaux et des plantes. … Lire la suite­­

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par Guy Fortin et Johanne Paquin

Carl von Linné (Encadré 1) est bien connu. Ce célèbre naturaliste suédois est né en 1707. Il est passé à l’histoire surtout pour ses travaux sur le classement des animaux et des plantes. Il a mis au point un système de nomenclature binominale permettant de nommer toutes les espèces animales et végétales à l’aide de deux noms latins, le binôme ou binom.

Le binôme linnéen

Le binôme forme le nom de l’espèce et s’écrit en italique et en minuscule sauf pour la première lettre du nom de genre qui est en majuscule.

Le premier terme du binôme est le nom de genre : il est traité comme un sujet et s’accorde au singulier. Le deuxième terme est le nom de l’espèce ou épithète. C’est un nom ou un adjectif qui s’accorde en genre avec le sujet.

 

Encadré 1. Le nom de Carl von Linné

En réalité, il ne s’appelait pas Linné, mais bien Linnæus, Carl Linnæus Nilsson. En effet, à cette époque, plusieurs Suédois ne possédaient pas de nom de famille, ils ajoutaient à leur nom de baptême, le nom de leur père suivi du suffixe –son (fils) ou –dotter (fille). Ils devaient cependant se donner un nom de famille lorsqu’ils entraient à l’université ou dans l’administration.

Sans titre

Le père de Linné s’appelait Nils Ingemarsson, Nils fils de Ingemars. Lorsque celui-ci dut prendre un nom de famille, il choisit « Linnæus » en souvenir d’un remarquable tilleul qui se trouvait sur la propriété familiale. Cette propriété s’appelait Linnegård à cause de la présence de ce tilleul (linden tree, tilleul).

Linné, fils de Nils Linnæus Ingemarsson s’appelait donc Carl Linnæus Nilsson, ce qui n’est pas une latinisation savante de Linné, mais son véritable nom.

Plus tard, lorsque Carl Linnæus Nilsson fut ennobli, il choisit le nom de Carl von Linné (von étant la particule de noblesse comme le de en français).

 

En mycologie l’utilisation des noms latins permet d’éviter les noms vernaculaires et de retrouver un champignon quelconque, peu importe la langue du document de référence utilisé.

Extrait de la page sur Amanita virosa (p 88) du livre : おいしいきのこ毒きのこハンディ図鑑 (Champignons comestibles, champignons toxiques) (2016) Daisaku Kōichi, Fukiharu Toshimitsu et Fukiharu Kimiko, Shufunotomo, Tokyo, pp 288

Les noms latins des champignons ne sont pas attribués au hasard. Ils peuvent être donnés en l’honneur d’une personne, en référence à un endroit ou un habitat, ou à une caractéristique particulière du champignon, etc.

La langue française est une langue dérivée du latin et il nous est, en général, assez facile de comprendre le sens d’un mot, d’un préfixe ou d’un suffixe latin ou même grec puisque plusieurs mots latins trouvent leur origine dans le grec ancien. Une liste de suffixes latins ou grecs utilisés pour former les noms latins des champignons se trouve dans l’encadré 2 au bas de la page.

Voici quelques champignons dont les racines latines ou grecques sont détaillées.

Une interprétation personnelle en français, parfois humoristique, de ce nom est aussi donnée.

 

Albatrellus ovinus / Polypore des brebis

Le champignon blanchâtre des brebis

 

  • albatus : vêtu de blanc
  • -ellus : diminutif
  • ovinus : des brebis
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Albatrellus ovinus / Polypore des brebis. ©Herman Lambert

 

 

Amylocystis lapponica / Polypore de Laponie

Le petit sac amidonné de Laponie

  • amylum : amidon, empois
  • cystis : creux, bourse, vessie, petit sac
  • lappon- : laponie
  • -ica : relatif à, qui appartient à
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Amylocystis lapponica / Polypore de Laponie ©Otto Loesel

 

 

 

Caloboletus roseipes / Bolet à pied rose

Le beau bolet au pied rose

 

  • calo- : beau
  • -boletus : bolet
  • roseus : rosé, rose, vermeil, de rose, garni de roses
  • -pes : pied
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Caloboletus roseipes / Bolet à pied rose. ©Renée Lebeuf

 

 

Catathelasma ventricosum / Armillaire ventru

Le ventru aux lames décurrentes

  • cata- : de, en dessous
  • thelasma : allaiter. Une hypothèse veut que les lames décurrentes prennent la forme d’un mamelon pendant l’allaitement. Une autre hypothèse suggère que katatheo qui signifie « courir vers le bas » rappelle que les lames sont très décurrentes.
  • ventri- : ventre
  • -osum : plénitude, abondance, degré de développement
  • ventricosum : ventru, enflé, renflé

 

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Catathelasma ventricosum / Armillaire ventru. ©Fernand Therrien

 

 

 

Cerocorticium roseolum / Corticie rosâtre

L’écorce cireuse et rosâtre

  • cera : cire
  • cortex : cortex, liège, enveloppe, écorce
  • -ium : relatif à, caractéristique de, ressemblant à
  • roseus : comme une rose, de la couleur rose
  • -olum : diminutif, moins que, parfois

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Cerocorticium roseolum / Corticie rosâtre. ©Jules Cimon

 

 

Chlorociboria aeruginascens / Pézize verdissante

La coupe verdâtre presque vert-de-gris

  • chloro– : jaune-vert
  • ciborium : coupe, ciboire
  • aeruginosus : vert de gris
  • -escens : devenant, presque
  • aeruginascens : tournant au vert-de-gris

 

Chlorociboria aeruginascens / Pézize verdissante. ©Guy Fortin

Chlorociboria aeruginascens / Pézize verdissante. ©Guy Fortin

 

 

Bulgaria inquinans / Pézize noircie

Le sac de cuir salissant

  • bulga : bourse en cuir, petit sac
  • -aria : appartenant à, relatif à, qui possède
  • inquino : salir, souiller, souillure
  • -ans : implique une action (participe présent)
  • inquinans : salissant, souillant, tachant, brunissant (ce champignon salirait les doigts)

 

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Bulgaria inquinans / Pézize noircie. ©Renée Lebeuf

 

 

Chromosera cyanophylla / Collybie à lames bleues

Le champignon coloré de Moser aux lames bleu foncé

  • chroma : teint, hâle; du grec couleur
  • mosera : en l’honneur de Meinhard Michael Moser (1924 – 2002) mycologue autrichien
  • cyano– : bleu foncé
  • -phylla : feuille, lame

 

Chromosera cyanophylla / Collybie à lames bleues. ©Yves Lamoureux

Calvatia cyathiformis / Vesse-de-loup cupuliforme

Le glabre cupuliforme

  • calvatus : chauve, glabre
  • -ia : relatif à, caractéristique de, ressemblant à
  • cyathus : coupe
  • -formis : genre, ressemblant, formé
Calvatia cyathiformis / Vesse-de-loup cupuliforme ©Jules Cimon

Calvatia cyathiformis / Vesse-de-loup cupuliforme ©Jules Cimon

Fayodia campanella / Mycène en clochette

La clochette de Fayod

  • fayodia : genre créé par Robert Kühner en 1930 en hommage au mycologue suisse Victor Fayod
  • campana : cloche
  • -ella : diminutif
  • campanella : petite cloche, clochette, qui ressemble à une petite cloche
Fayodia campanella / Mycène en clochette ©Renée Lebeuf

Fayodia campanella / Mycène en clochette ©Renée Lebeuf

Bolbitius glatfelteri / Bolbitie de Glatfelter

Le champignon de Glatfelter qui pousse sur le fumier

  • bolbiton : bouse de ruminant
  • -ius : relatif à
  • glatfelteri : du mycologue amateur américain Noah Miller Glatfelter (1837 – 1911)
Bolbitius glatfelteri / Bolbitie de Glatfelter ©Renée Lebeuf

Bolbitius glatfelteri / Bolbitie de Glatfelter ©Renée Lebeuf

Guepinia helvelloides / Guépinie en helvelle

Le petit légume de Guépin

  • guepinia : en l’honneur du mycologue français Jean-Pierre Guépin (1779–1858)
  • helvella : petit légume
  • -oides : qui ressemble à, semblable à
Guepinia helvelloides / Guépinie en helvelle ©Herman Lambert

Guepinia helvelloides / Guépinie en helvelle ©Herman Lambert

Otidea onotica / Oreille de lièvre

L’oreille de l’âne

  • oto– : oreille, comme une oreille
  • -ea : relatif à, pareil à
  • otidea : l’oreille, en forme d’oreille
  • ono– : âne
  • -ica : relatif à, qui appartient à

 

Otidea onotica / Oreille de lièvre ©Jean Choinière

 

 

Quelques-uns des nombreux livres et sites internet dédiés à la myconymie peuvent être trouvés à la section Bibiographie au bas de la page.

 

Encadré 1. Suffixes latins et grecs utilisés pour former les noms latins des champignons

  • ad : à, près de, vers
  • ale, –alis : voir –aris
  • ans : qui implique une action (participe présent)
  • anus, –ana, –anum : relatif à, caractéristique de
  • aris, –are : appartenant à, relatif à, caractéristique de
  • arius, –aria, –arium : appartenant à, relatif à, qui possède
  • atus, –ataiatum : qui possède, qui ressemble à, relatif à
  • aurius, –auria, –aurium : capable de
  • bolus, –a, –um : lancer, projeter; du grec ancien -βόλος (-bolos); coup, jet, envoi
  • carpus : fruit, qui porte des fruits; du grec ancien -καρπός (-karpos); fruit
  • cephalus : tête; du grec ancien -κέφαλος (-kephalos); tête
  • ceps : tête
  • colus, –cola, –colum : habitant, qui habite
  • ellus, –ella, –ellum : diminutif, variante de -ulus
  • ensis, –ense : indique l’origine ou l’endroit
  • escens, –escis, –esce : devenant, presque
  • eus, –ea, –eum: relatif à, pareil à, fait de, possédé par; du grec ancien –ευς (-eus)
  • fer, –ferus, –fera, –ferum : qui porte, qui transporte, qui produit
  • fidus : divisé
  • formis, –e : une sorte de, un genre de, ressemblant à, en forme de
  • genus, –gena, -genum : né de, qui origine de; du grec ancien -γενναν (-gennan); engendrer
  • gero, -geris, -gerere : accomplir, gérer, porter, qui porte
  • -icus, -ica, -icum: relatif à, qui appartient à; du grec ancien –ικός (-ikos); qui est propre à
  • -ides : qui ressemble à, similaire à; du grec ancien -ιδέα (-idea); forme, aspect
  • -idus, -ida, -idum : qui ressemble à, qui devient, presque, indique un état, une action en progrès
  • -ilis, -ile : capable de, avec la propriété de
  • -illus, -illa, -illum : diminutif
  • -imus, -ima, -imum : superlatif
  • -inus, -ina, -inum: relatif à, qui ressemble, diminutif; du grec ancien –ινος (-inos); de, relatif à
  • -itas : voir itius
  • -ites, -itis : ressemblant beaucoup, ayant, relatif à; du grec ancien –ίτης ‎(-ítès); qui appartient à
  • -itius, -itia, -itium : qui a la qualité ou la couleur de, semblable à, qui implique une action
  • -ius, -ia, -ium : relatif à, caractéristique de, ressemblant à, parfois un diminutif
  • -loma : bord, marge, frange, voile; du grec -λωμα (-loma); frange, bordure
  • -ocis : hâtif, rapide, prompt, agile
  • -odes : voir oides
  • -oides, -oideus, -oideum : qui ressemble à, comme; du grec ancien –οειδής (-oeidès); comme
  • -olens : odeur, sentir, avoir une odeur
  • -olus, -ola, -olum : diminutif, moins que, parfois
  • -opsis : qui ressemble, similaire, apparence; du grec ancien -δψις (-opsis); aspect, apparence
  • -osma : odeur, qui sent, qui a une odeur; du grec ancien -οσμή (-osmè); odeur, odorat
  • -osus, -osa, -osum : plénitude, abondance, degré de développement
  • -pes, -pedis : pied, patte, serre, base
  • -phan : visible, apparent, ouvert; du grec ancien -φανερός (-phaneros); visible, apparent
  • -philus : qui aime, aimant; du grec ancien -φιλέω (-phileo); aimer, amitié, amour
  • -phorus,a, -um: qui porte; du grec ancien -φορός (-phoros); qui pousse, qui porte en avant
  • -phyllus: relatif aux feuilles, feuillu; du grec ancien -φυλλον (-phyllon); feuille
  • -pus : pied, avec un pied; du grec ancien –πους (-pous); pied
  • -sporus, a, um : semence, graine, spore; du grec ancien -σπόρος (-sporos); ensemencement, semence
  • -ulus, -ula, -ulum : diminutif
  • -um : terminaison neutre commune
  • -uro, -ure, -uris : queue, avec une queue; du grec ancien -ουρά (-oura); queue des animaux
  • -urus, -ura ; implique une action ou un résultat, relatif à
  • -us : terminaison masculine commune
  • -utus, -uta, -utum : qui possède, pourvu de, indique la possession

Bibliographie 

(cliquez sur le lien : ? )
  • Historique du nom de Linné par Jacques Melot  ?
  • Carl von Linné expliqué aux enfants : ?
  • Carolus Linnaeus, Biography ?
  • La nomenclature binomiale ?
  • Abrégé du dictionnaire grec français, A. Bailly, Hachette (1901)
  • Dictionnaire latin français, F. Gaffiot (1934)  ?
  • Dictionnaire historique de la langue française, Dir. Alain Rey, Ed. Dictionnaires Le Robert, Paris, 2000
  • Dictionnaire étymologique, L. Pourret (1886) ?
  • W. T. Stearn, Botanical Latin,Timber press, Fourth ed. 2013,Portland, Oregon
  • D. Arora, Mushrooms Demystified, Second Ed. Ten Speed Press, 1986, Berkeley, California
  •  Préfixes et suffixes grecs ou latins employés dans la construction des mots français : ?
  • Liste de préfixes d’origine grecque ou latine : ?
  • Préfixes en latin : ?
  • Suffix Prefix Dictionary : ?
  • Étymologie de certains mots latins : ?
  • Étymons grecs et latins du vocabulaire scientifique français : ?
  • Quelques mots en latin courant-français : ?
  • Grand dictionnaire latin : ?
  • Online Etymology Dictionary : 
  • Common Latin and Greek Roots and Terms : 
  • Vocabulaire Mycologique – Bleu, Blanc, Rouge : 

 

Nos remerciements à Roland Labbé et Jacques Landry pour leur lecture critique et leurs suggestions, et à Jean Choinière, Jules Cimon, Herman Lambert, Yves Lamoureux Renée Lebeuf, Otto Loesel et Fernand Therrien pour la permission d’utiliser leurs photographies.

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Le complexe Phellinus igniarius http://blog.mycoquebec.org/blog/le-complexe-phellinus-igniarius/ http://blog.mycoquebec.org/blog/le-complexe-phellinus-igniarius/#respond Tue, 07 Mar 2017 12:30:39 +0000 http://blog.mycoquebec.org/?p=4381 . Nom de champignons! No 14 (mars 2017) par Jacques Landry Suite à une meilleure caractérisation des espèces tant au niveau chimique que moléculaire,  le genre Phellinus a été sévèrement amputé au cours des années, menant à la création de nouveaux … Lire la suite­­

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Nom de champignons! No 14 (mars 2017)

par Jacques Landry

Suite à une meilleure caractérisation des espèces tant au niveau chimique que moléculaire,  le genre Phellinus a été sévèrement amputé au cours des années, menant à la création de nouveaux genres comme les Fomitiporia, Fuscoporia, Phellinidium, Porodaedalea et autres. Les espèces qui ont résisté au démantèlement se retrouvent depuis 2011 dans un concept Phellinus plus serré (Wagner and Fischer, 2001) qui comprend P. igniarius, l’espèce type du genre, ainsi qu’une dizaine d’autres espèces regroupées sous le nom de complexe Phellinus igniarius. Un article publié en 2016 par Zhou et al. jette un éclairage nouveau sur les Phellinus présents en Amérique.

La délimitation des espèces dans le complexe Phellinus igniarius est très difficile au niveau morphologique et repose presque exclusivement sur la sélectivité d’hôte qui doit être validée par une analyse phylogénétique.

Dans son livre en 2003, Bruno Boulet considère que P. igniarius au sens strict est très rare au Québec, avec une seule mention possible par Niemela à Poste-à-la-Baleine en 1985. Il propose que ce que l’on nomme alors P. igniarius inclut vraisemblablement plusieurs espèces, mais surtout une qui est très commune et qui correspond au concept européen de P. alni. Il préfère la désigner P. aff. alni puisque selon des études moléculaires non publiées qu’il cite, la version québécoise de P. alni serait différente de la version européenne.  Il décrit également P. lundellii, P. nigicans, P. tremulae et P. betulinus, ce dernier sous le nom de P. laevigatus alors considéré comme synonyme prioritaire (voir Parmasto 2007). Dans le cas de P. nigricans, ses analyses de terrain le portent à la nommer P. nigricans, mais il choisit le nom de P. cinereus, une espèce très près de P. nigricans, également sur la base de résultats d’analyses moléculaires.

Boulet, B., Les champignons des arbres. page 243.

Extrait d’une clé des Phellinus tirée de Boulet, B., Les champignons des arbres. page 243.

 

Le travail de phylogénétique de Tomšovský et al. en 2010, portant exclusivement sur les Phellinus européens, confirme la spécificité d’hôte et l’existence distincte de la plupart des Phellinus d’Europe, sauf pour  P. cinereus et P. nigricans qu’ils placent en synonymie, rappelant que les caractères morphologiques discriminant les deux taxons sont très faibles et observant que tous les P. cinereus étudiés se retrouvent soit dans le clade de P. nigrigans ou celui de P. alni. Aucun P. cinereus/nigricans d’Amérique n’était considéré dans l’étude.

Dans leur article paru en 2016 dans la revue Mycologie, Zhou et al. étudient ce complexe à l’échelle mondiale, considérant des échantillons en provenance de l’Asie de l’Est, l’Europe et l’Amérique du Nord. Les Phellinus sont apparemment absents de l’hémisphère sud.

L’analyse phylogénétique révèle une répartition des taxons en 3 clades distincts :

  • Clade A : P. alni, P. igniarius (pseudoigniarius), P. lundellii, P. nigricans et P. populicola
  • Clade B : P. pomaceus, P. tremulae et 4 nouvelles espèces dont P. pomaceoides
  • Clade C : P. betulinus, P. orienticus, P. laevigatus et P. piceicola

Une telle analyse pourrait conduire les auteurs à restreindre le genre Phellinus au clade A qui contient l’espère type du genre et à attribuer un autre nom de genre aux clades B et C. Cependant, ils choisissent de ne pas scinder le complexe en différents genres, étant incapables de trouver des caractères uniques à chacun de ces clades.

Selon les conclusions de leur travail, six espèces du complexe Phellinus igniarius seraient présentes en Amérique (de couleur orange dans le liste ci-haut). L’unique séquence de P. alni américaine utilisée s’est localisée dans le clade alni entre les séquences asiatiques et européennes. Le résultat semble indiquer que P. alni est cosmopolite, par contre la statistique n’est pas très solide et il est bien possible que ce résultat soit contredit lorsqu’une étude plus détaillée sera complétée. Les résultats sont plus solides dans le cas de P. lundellii. Dans ce cas, quatre échantillons américains étaient disponibles et dans chaque cas, deux séquences ont été utilisées. Les résultats démontrent assez clairement que P. lundellii est présent en Amérique, alors que sa présence en Asie est un peu moins certaine. Dans le cas de P. tremulae, les auteurs avaient 3 échantillons américains à leur disposition et n’avaient la séquence de deux gènes que pour l’un d’entre eux. Leurs résultats suggèrent que P. tremulae représente peut-être des espèces distinctes sur les trois continents, mais considérant le faible échantillonnage, les auteurs choisissent avec raison de ne pas subdiviser l’espèce en trois pour le moment. Dans le cas de P. betulinus, les résultats concernant 4 collections avec dans chacun des cas, deux gènes, sont concluants et appuient les conclusions obtenues par Parmasto en 2007. L’espèce dont le type est du Maine est statistiquement distincte des espèces-soeurs  P. laevigatus (Europe) et P. orienticus (Asie). Quant à P. igniarius, les auteurs notent qu’ils n’en n’ont pas trouvé sur le terrain en Amérique et qu’aucune séquence d’igniarius américain n’est présente dans Genebank, alors que dans le cas de l’Asie,  les séquences de P. pseudoigniarius se localisent à travers celles de P. igniarius.

Alors, que devons-nous conclure de cette étude pour le Québec?  D’abord, il est tout à fait probable que P. lundellii, P. tremulae, P. betulinus et P. nigricans (= cinereus) soient présents ici et, bien que la preuve ne soit pas très forte à l’effet que notre P. alni soit identique à l’espèce type européenne, rien ne justifie pour l’instant, ni au niveau génétique, ni au niveau morphologique, de considérer notre P. alni comme différente de l’entité européenne.  Finalement, bien que l’on ne puisse pas exclure la possibilité que P. igniarius se trouve au Québec, il n’y a rien non plus qui le suggère et à moins que des caractères morphologiques distinctifs se précisent pour cette espèce, on peut croire qu’il sera bien difficile d’en démontrer l’existence. Notons également que dans cette étude, une nouvelle espèce est décrite pour l’Amérique. Il s’agit de P. pomaceoides trouvée sur les Prunus au Texas et Wyoming. 

Une nouvelle clé des Phellinus au Québec a été élaborée par Roland Labbé et est disponible sur les pages de Mycoquébec.

À partir de ces nouvelles précisions, voici les hôtes qui sont retenus pour ces espèces ( en ne retenant que les récoltes confirmées par la phylogénétique):

  • P. alni :  Alnus, mais aussi divers feuillus comme Betula, Carpinus, Fagus and Sorbus (Tomšovský et al. 2010).
  • P. nigricans :  seuls Tilia et Betula sont confirmés (Fischer and Binder 2004).
  • P. lundellii sur Betula, mais aussi Acer, Alnus et Fraxinus  (Fischer and Binder 2004, Tomšovský et al. 2010).
  • P. tremulae pousse seulement sur Populus en Europe et en Amérique (Gilbertson and Ryvarden 1987, Núñez and Ryvarden 2000, Melo and Ryvarden 2014)

 

Voici les changements apportés au Phellinus dans l’index Mycoquébec :

Phellinus aff. alni  ⇒  Phellinus alni

Phellinus igniarius s. stricto  enlevé de l’index

Phellinus cinereus  Phellinus nigricans

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Phellinus conchatus ⇒  Phellinopsis conchata

  • Ce taxon n’est pas un Phellinus tel que démontré par Dai en 2010. Ce dernier l’a recombiné en Phellinopsis (Dai, 2010)
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Phellinus everhartii, Phellinus prunicola   inchangés

  • P. everhartii et P. prunicola ont été transférés  dans le genre Phellinus respectivement en 1913 et en 1979. Ils n’ont pas été étudiés récemment.
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Merci à Roland Labbé pour sa lecture critique.

RÉFÉRENCES

  • Boulet B (2003) Les champignons des arbres de l’est de l’Amérique du Nord. Les publications du Québec, Québec
  • Dai Y-C (2010) Hymenochaetaceae (Basidiomycota) in China. Fungal Divers 45:131–343.
  • Fischer M, Binder M (2004) Species recognition, geographic distribution and host-pathogen relationships: a case study in a group of lignicolous basidiomycetes, Phellinus s.l. Mycologia 96:799–811.
  • Gilbertson RL, Ryvarden L. (1987). North American polypores 2. Oslo, Norway: Fungiflora. 885 p
  • Núñez M, Ryvarden L. (2000). East Asian polypores 1. Ganodermataceae and Hymenochaetaceae. Synopsis Fungorum 13:1–168.
  • Parmasto E (2007) Phellinus laevigatus sl (Hymenochaetales): a ring species. Folia Cryptog Estonica 43:39–49.
  • Tomšovský M, Vampola P, Sedlák P, et al (2010) Delimitation of central and northern European species of the Phellinus igniarius group (Basidiomycota, Hymenochaetales) based on analysis of ITS and translation elongation factor 1 alpha DNA sequences. Mycological Progress 9:431–445
  • Wagner T, Fischer M (2001) Natural groups and a revised system for the European poroid Hymenochaetales (Basidiomycota) supported by nLSU rDNA sequence data. Mycol Res 105:773–782.
  • Zhou LW, Vlasak J, Qin WM, Dai YC (2016) Global diversity and phylogeny of the Phellinus igniarius complex (Hymenochaetales, Basidiomycota) with the description of five new species. Mycologia 108:192–204.

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