Un géant : Armillaria ostoyae

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Guy Fortin

Une touffe d’Armillaria ostoyae sur un cèdre.

Introduction

L’Armillaria ostoyae est un des plus grands organismes vivants au monde. Un spécimen présent dans la forêt nationale de Malheur en Oregon aux États-Unis s’étendrait sur près de 9 kilomètres carrés et pourrait être âgé de plus de 2400 ans. [5, 9]

C’est en 1970 que le mycologue français Henri Romagnesi l’a décrit et nommé. Il a failli changer de nom lorsqu’une publication de 2008 [4] a révélé qu’il avait été décrit bien avant, en 1900, sous le nom d’Armillaria solidipes par Charles Horton Peck. Mais, par la suite, en 2011, pour des raisons légales car A. ostoyae est soumis aux lois de la quarantaine, une proposition visant à conserver le nom d’Armillaria ostoyae a été présentée au Comité de nomenclature des champignons et a été approuvée [15].

Différentes espèces du genre Armillaria dont l’Armillaria ostoyae sont responsables d’une maladie fongique appelée pourridié-agaric [12, 19]. Celui-ci s’attaque à un très grand nombre de genres d’arbres en donnant de multiples symptômes, dont un qui semble commun à tous les arbres infectés et correspond à la carie blanche. Il semble que les deux seuls genres d’arbres résistants au pourridié-agaric soient les mélèzes et les bouleaux [3, 19].

L’Armillaria ostoyae est un parasite et un saprophyte qui s’attaque au bois et aux racines des conifères et rarement à quelques feuillus, en particulier les trembles et les bouleaux qui poussent dans les forêts de conifères [10]. Il pousse généralement en touffes denses, en été et en automne et est reconnaissable à son anneau robuste présent sur le pied et aux petites écailles sombres sur le chapeau. 

Ses caractéristiques macroscopiques sont bien décrites sur plusieurs sites internet, en particulier sur Mycoquébec. Lien. Voir les références.

Ce texte se concentre sur ses structures microscopiques.

La microscopie

Les spores sont ovoïdes à ellipsoïdes, à paroi lisse et avec apicule proéminent.

(7,2) 7,4 – 8,7 (9,2) × (4,5) 5,0 – 6,2 (6,8) µm
Q = (1,3) 1,33 – 1,6 (1,8) ; N = 33
V = (87) 98 – 174 (220) µm3
Me = 8,0 × 5,5 µm ; Qe = 1,5 ; Ve = 131 µm3

Les spores de l’Armillaria ostoyae.


Les basides sont tétrasporées, clavées et bouclées de dimension moyenne de 39,2 × 9,0 µm.

Les basides.

Le sous-hyménium [Fig.-3] est de type permixtum, c’est-à-dire formé d’hyphes irrégulièrement entrelacées dont le diamètre moyen est de 2,8 µm.

Fig.-3 Le sous-hyménium permixtum.

La trame lamellaire [Fig.-4] est divergente, formée d’hyphes génératrices orientées vers le sous-hyménium dans la direction de l’arête. Le diamètre moyen des hyphes est de 3,1 µm.

Fig.-4 La trame lamellaire divergente.

Les pleurocystides sont absentes.

Le piléipellis [Fig.-5] est en cutis avec des cellules terminales cylindriques arrondies à l’apex. Le diamètre moyen des hyphes est de 7,5 µm.

Fig.-5 Le piléipellis en cutis.

Les piléocystides sont absentes.

L’arête lamellaire [Fig.-6] est fertile et seules quelques rares basides y ont été observées.

Fig.-6 Une baside sur l’arête lamellaire.

Les cheilocystides [Fig.-7] sont très nombreuses, variables, cylindriques, flexueuses et bouclées à la base. Leur dimension moyenne est de 23,4 x 4,9 µm.

Fig.-7 Quelques cheilocystides.

Le stipitipellis [Fig.-8] est en tomentum formé d’hyphes cylindriques incrustées dont le diamètre moyen est de 6,8 µm.

Fig.-8 Le stipitipellis en tomentum.

Les caulocystides sont absentes.

La Fig.-9 illustre, sous forme de croquis, les différentes structures microscopiques de l’Armillaria ostoyae

Fig.-9 Croquis des principales structures microscopiques de l’Armillaria ostoyae.

Conclusion

L’Armillaria ostoyae doit son épithète au mycologue français Henri Romagnesi qui l’a dédié à Paul Kinderfreund dit Paul Ostoya (1904-1969), journaliste passionné de botanique et de mycologie [7, 18].

Comme beaucoup de champignons, l’Armillaria ostoyae porte plusieurs noms savants et vernaculaires qu’on retrouve dans la littérature comme Armillaria solidipes, Armillariella ostoyae, Pourridié-agaric, Dark honey mushroom, etc.

Il cause le pourridié-agaric, la maladie des racines la plus courante et la plus dommageable dans les forêts de conifères. Il nuit au développement et à la productivité des plantations en tuant des arbres et en réduisant la croissance des arbres qu’il ne tue pas [13]. On estime à plus de 3 000 000 m³ le volume annuel de pertes attribuables aux pourridiés dans l’ensemble des forêts du Québec. Cependant, le calcul des pertes causées par le pourridié-agaric est compliqué par le fait qu’elles sont souvent causées par d’autres agresseurs tels que des pourridiés, des scolytes de l’écorce, des insectes défoliateurs, ou même le vent [3, 12].

L’Armillaria ostoyae fait partie d’un complexe armillaire formé d’un groupe d‘espèces biologiques qui diffèrent par leur pouvoir pathogène et leur hôte privilégié. Au Québec, on a identifié les espèces suivantes  : Armillaria ostoyae, Armillaria gemina, Armillaria sanapina, Armillaria calvescens et Armillaria mellea. La distinction entre ces espèces biologiques peut se faire en consultant les recommandations de Bérubé et Dessureault (1989) [1, 3].

Glossaire

Carie : décomposition du bois par les champignons

Carie blanche : carie qui décompose tous les composés du bois, cellulose et lignine, le blanchissant dans les stades avancés

Carie brune : carie qui décompose sélectivement la cellulose et de l’hémicellulose du bois, laissant un résidu brun

Caulocystide : cystide située sur le pied

Cheilocystide : cystide située sur l’arête lamellaire

Cutis : revêtement dont les hyphes sont régulières et disposées radialement

Cystide : cellule stérile,située sur n’importe quelle surface d’un basidiome

Hyphe génératrice : hyphe indifférenciée située dans le basidiome

Parasite : organisme vivant aux dépens d’un hôte vivant en lui portant préjudice

Permixtum : sous-hyménium formé d’hyphes irrégulièrement entrelacées

Piléocystide : cystide située sur le revêtement du chapeau

Pleurocystide : cystide située sur la face lamellaire

Pourridié-agaric : maladie des racines des conifères

Saprophyte : organisme se nourrissant de matière organique morte

Tomentum : revêtement dans lequel les hyphes sont disposées irrégulièrement

Tétrasporé : baside qui produit quatre spores

Références

[1] Bérubé, J. A., M. Dessureault (1989). Morphological studies of the Armillaria mellea complex: Two new species A. gemina and A. calvescens. Mycologia, vol. 81, no 2, p. 216-225. Lien

[2] Bérubé, J. A., M. Dessureault (2011). Morphological characterization of Armillaria ostoyae and Armillaria sinapina sp. Canadian Journal of Botany 66(10):2027-2034. (February 2011). Lien

[3] Bouchard, J., Bussières, G., Deguire, G., Laflamme, G., Tremblay, J. (2018). Maladies des arbres. Pourridié-agaric. Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD) en collaboration avec le Cégep de Sainte-Foy. (2018) Lien

[4] Burdsall, H. H., Volk, T. J., (2008). Armillaria solidipes, an older name for the fungus called Armillaria ostoyae », North American Fungi, vol. 3, no 7,‎ 2008, p. 261–67. Lien

[5] Craig L. S., Tatum, M. L. (2008). The Malheur National Forest Location of the World’s Largest Living Organism. . USDA Forest Service (2008) Lien

[6] Extreme Science. Armillaria ostoyae. Largest Living Organism : Fungus. Lien

[7] First-Nature, sur l’épithète ostoyae. Lien

[8] Gouvernement du Québec. Ministère des forêts, de la Faune et des Parcs. Le pourridié-agaric dans les érablières. (25 juillet 2025) Lien

[9] Kessiby, M. (2024). Les deux plus grands êtres vivants sur Terre. Centre des sciences de Montréal. 17 avril 2024. Lien

[10] Kuo, M., sur l’Armillaria ostoyae. Mushroom Expert. Lien

[11] Labbé, R. (2024). Armillaria ostoyae. Mycoquébec (mai 2024). Lien

[12] Laflamme, G. (2005). Les pourridiés des arbres : un secret bien gardé. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts, Sainte-Foy (Québec), Canada G1V 4C7. (15 novembre 2005). Lien

[13] Morrison, D.J., Pellow, K.W., Norris, D.J. et Nemec, A.F.L (2000). Épidémiologie de la maladie de racine d’Armillaria dans les plantations. Service canadien des forêts – Centre de foresterie des Grands Lacs. (2000) Lien

[14] Peck, C. H. (1900). New Species of Fungi. Bulletin of the Torrey Botanical Club, Vol. 27, No. 12 (Dec., 1900), pp. 609-613 (5 pages). Lien

[15] Redhead, S. A.; Bérubé, J.; Cleary, M. R.; Holdenrieder, O.; Hunt, R. S.; Korhonen, K. R.; Marxmüller, H.; Morrison, D. J. (2011). Proposal to conserve Armillariella ostoyae (Armillaria ostoyae) against Agaricus obscurus, Agaricus occultans, and Armillaria solidipes (Basidiomycota). Taxon. 60 (6): 1770–1771. Lien, Lien

[16] Wikipedia, sur l’Armillaria solidipes. Lien

[17] Wikipedia, sur l’Armillaria ostoyae (anglais). Lien

[18] Wikipedia, sur Paul Ostoya. Lien

[19] Wikipedia, sur le Pourridié-agaric. Lien

Note : toutes les mesures ont été prises avec le logiciel Piximètre, disponible gratuitement sur interne à l’adresse suivante. Lien

Merci à Jean Bérubé pour ses commentaires.

Cet article a paru dans le bulletin du Cercle des mycologues amateurs de Québec « Le Boletin, volume 73 numéro 1, Janvier 2026 » et est publié avec l’autorisation de l’éditeur

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