Panus neostrigosus
par Guy Fortin
Il est saprotrophe et pousse sur les bois de feuillus morts, en particulier les troncs et souches de chêne, dans des milieux humides et ombragés. Il peut apparaître seul ou en groupe, formant parfois des rosettes superposées [Fig-1].

Son nom de genre lui vient probablement du grec ancien πῆνος (pènos) qui signifie tumeur, gonflement, et son nom d’espèce strigosus vient du latin et signifie avec des poils ou des soies rigides.
Les études actuelles basées sur l’ADN placent le genre Panus parmi les polypores d’où son nom français de Polypore strigueux [2, 8, 10]. En anglais, on l’appelle Ruddy Panus, Hairy Oyster Mushroom ou Hairy Panus.
C’est un agent de la carie blanche qui joue un rôle écologique important dans la décomposition du bois mort [4, 5, 10].
Son chapeau densément velu qui évolue du pourpre au brun rougeâtre en vieillissant et son pied souvent excentré, le rendent difficile à confondre avec une autre espèce, si ce n’est parfois avec Phyllotopsis nidulans et Trametes betulina à cause de son pied parfois absent.
Panus neostrigosus a été initialement décrit par le mycologue suédois Elias Magnus Fries en 1825 sous le nom de Lentinus strigosus. Des études taxonomiques récentes ont montré que cette espèce ne correspondait pas au genre Lentinus mais plutôt au genre Panus. Il a été transféré dans le genre Panus en 2012 par Drechsler-Santos et coll. [2] qui ont dû le nommer Panus neostrigosus, l’épithète strigosus désignait déjà un Panus décrit par Miles Joseph Berkeley et Moses Ashley Curtis in 1853 et renommé plus tard Lentinus levis par William Murrill en 1915.
La principale caractéristique macroscopique de ce Panus est son chapeau densément couvert de poils raides qui mesurent 1 à 2 mm au de long lorsqu’il est frais (0,5 millimètre sur l’exsiccatum) et qui lui donnent un aspect velouté et moelleux [Fig-2 et Fig.3].


Les lames sont étroites, très serrées, avec de fréquentes lamellules, parfois pourprées au début, vite blanches et éventuellement brunâtre pâle, à arêtes entières [Fig-4].

sur un exsiccatum.
Les spores sont ellipsoïdes à oblongues, lisses, à paroi mince.
L’observation a été faite à partir d’une sporée, dans l’ammoniaque 2,5% à 1000x [Fig-5] :
(5,2) 5,8 – 7,0 (7,5) × (3,2) 3,4 – 4,2 (4,3) µm
Q = (1,3) 1,5 – 1,9 (2,0) ; N = 37
V = (30) 36 – 58 (66) µm3
Me = 6,3 × 3,7 µm ; Qe = 1,7 ; Ve = 46 µm3

La trame lamellaire est sous-régulière [Fig-6], formée d’hyphes plus ou moins parallèles dont le diamètre moyen est :
(1,5) 1,7 – 2,2 µm
Me = × 1,9 µm; N = 8

Les basides sont clavées, bouclées à la base et tétrasporées [Fig-7] :
(23,7) 24,0 – 32,5 (32,9) × (4,0) 4,3 – 6,7 (7,1) µm
Me = 27,8 × 5,8 µm; N = 10

L’hyménium est formé de basides, de basidioles et de pleurocystides [Fig-8] et le sous-hyménium est de type cellulosum formé de courtes cellules fortement gonflées, prenant un aspect pseudoparenchymateux [Fig-9].


Les pleurocystides sont nombreuses, clavées, cylindriques [Fig-10] :
(20,9) 23,8 – 33,7 (36,6) × (4,3) 7,6 – 9,9 (10,1) µm
Me = 27,7 × 8,5 µm; N = 13

L’arête lamellaire est fertile avec des cheilocystides cylindriques à clavées [Fig-11] :
(19,2) 21,5 – 27,5 (42,8) × (3,0) 3,4 – 5,2 (5,5) µm
Me = 25,8 × 4,1 µm; N = 8

La figure 12 présente quelques structures sous forme de croquis.

Glossaire
– Carie : décomposition du bois par les champignons
– Carie blanche : carie qui décompose tous les composés du bois, cellulose et lignine, le blanchissant dans les stades avancés
– Carie brune : carie qui décompose sélectivement la cellulose et l’hémicellulose du bois, laissant un résidu brun
– Clavé : en forme de massue
– Exsiccatum : spécimen desséché et conservé en herbier
– Lamellule : lame courte qui ne fait pas la distance entre le pied et la marge du chapeau
– Poil : cellule stérile, souvent longue et étroite, peu différenciée, située sur les revêtements ou dans l’hyménium
– Saprophyte : terme parfois utilisé pour décrire les plantes qui se nourrissent de matière organique morte
– Saprotrophe : organisme qui décompose et se nourrit de matière organique morte ou en décomposition
– Sous-hyménium : tissu différencié situé sous l’hyménium et lui donnant naissance
Références
[1] Clémençon, H. (2012). Cytology and Plectology of the Hymenomycetes (2e éd.). Stuttgart: J. Cramer
[2] Drechsler-Santos, E.R., Wartchow, F., Coimbra, V.R.M., Gibertoni, T.B., and Cavalcanti, M.A.Q. (2012). Studies on lentinoid fungi ( Lentinusand Panus) from the semi-arid region of Brazil 1. The Journal of the Torrey Botanical Society 139, 437–446. Lien
[3] Jenny. (2025). Hairy Oyster Mushroom: Identification, Foraging, and Lookalikes. Mushroom Appreciation. 11 September 2025 Lien
[4] Kuo, M. (2025). Panus neostrigosus. MushroomExpert. 15 January 2025 Lien
[5] Labbé, R. (2024). Panus neostrigosus Drechsler-Santos & Wartchow | Pleurote strigueux. Mycoquébec, juin 2024 Lien
[6] Landry, J. (2016) Nom de champignons! no 8. Le blogue de Mycoquébec. mars 2016 Lien
[7] Putra, I.P. Hermawan, R. Salman, A.B.A. (2023). Newly Recorded Panus
lecomtei (Fr.) Corner (Basidiomycota: Panaceae) for Indonesia. Makara Journal of Science: Vol. 27: Iss. 3, Article 1. Lien
[9] Terasawat, A. Phoolphundh, S. Simultaneous Biological Pretreatment and Saccharification of Rice Straw by Ligninolytic Enzymes from Panus neostrigosus I9 and Commercial Cellulase. J Fungi (Basel). 2021 Oct 12;7(10):853. doi: 10.3390/jof7100853. PMID: 34682275; PMCID: PMC8537424. Lien
[10] Yue L, Chen J, Tuo Y, Qi Z, Liu Y, He XL, Zhang B, Hu J, Li Y. (2024). Taxonomy and phylogeny of Panus (Polyporales, Panaceae) in China and its relationship with allies. MycoKeys 105: 267-294. Lien
Ressources
– Labbé, R. Le glossaire de Mycoquébec Lien
– Site Internet : Ultimate Mushroom – Panus neostrigosus. Lien







Patrick Poitras
Article très intéressant! Merci, Guy!