Nom de champignons! No 9 (avril 2016)

par Jacques Landry

Qui a dit que l’hiver était une saison morte pour les champignons? Depuis le début de l’année, trente (30) nouvelles espèces ont été ajoutées ou illustrées pour la première fois sur Mycoquébec. Merci à tous nos collaborateurs qui travaillent avec passion à maintenir à jour et compléter l’inventaire des champignons du Québec.

Voici une liste des modifications et ajouts qui ont été faits à l’Index des champignons de Mycoquébec entre le 2 mars 2016 et le 5 avril 2016. Un résumé sommaire des raisons qui justifient ces changements est également présenté. N’hésitez pas à laisser un commentaire au bas de cette page pour indiquer votre opinion sur les changements apportés. Notez aussi que plusieurs des noms changés sont conservés dans la banque de Mycoquébec et demeurent accessibles avec l’outil de recherche.

Seize (16) espèces ajoutées à l’index ou illustrées pour la première fois dans Mycoquébec

(*certains noms français devront être précisés)

4 avril 2016
3 avril 2016
31 mars 2016
29 mars 2016
28 mars 2016
22 mars 2016
16 mars 2016
14 mars 2016
13 mars 2016
12 mars 2016
8 mars 2016
6 mars 2016
2 mars 2016

 

Deux (2) espèces enlevées de l’index.

  • Russula cinnamomicolor / Russule cannelle

Cette espèce n’était pas illustrée ni décrite et sa présence au Québec est considérée comme inconnue.

  • Pluteus cervinus var. albus / Plutée couleur de cerf, variété blanche

Nous n’avons aucune photo et cette variété n’est plus reconnue.

 

Liste des changements de noms effectués

(en orange, la nouvelle désignation)

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Inocybe calamistrata var. mucidiolens / Inocybe à base verte, variété odorante ⇒ Inocybe mucidiolens / Inocybe à odeur de moisi

Index fungorum ne reconnaît pas cette variété, alors que Pradeep et coll. la monte au rang d’espèce. Nous suivons cette dernière proposition.

  • Pradeep CK, Vrinda KB, Varghese SP, et al (2016) New and noteworthy species of Inocybe (Agaricales) from tropical India. Mycological Progress 15:24. doi: 10.1007/s11557-016-1174-z

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Entoloma violaceum Kauffman Y. Lamoureux comb. prov. / Entolome violacé ⇒ Entoloma kauffmanii / Entolome de Kauffman

Nous avions deux Entoloma violaceum sur Mycoquebec : Entoloma violaceum Kauffmann (recombiné provisoirement par Yves Lamoureux (=Leptonia violacea) et Entoloma violaceum Murrill.

Selon MycoBank et Index Fungorum , Leptonia violacea (Kauffman) Largent serait Entoloma kauffmanii Malloch

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Agaricus haemorrhoidarius / Agaric hémorroïdaire ⇒ Agaricus cf. langei / Agaric de Lange

 

Cette espèce très rare a été nommée A. haemorrhoidarius par Pomerleau et aussi par Lamoureux. A. haemorrhoidarius étant maintenant considéré comme synonyme de A. sylvaticusA. cf. langei semble mieux convenir à notre espèce.  A. cf. langei est une « grosse psalliote rougissante des feuillus, A. silvaticus (au sens des auteurs ameréricains) étant une espèce des conifères et plus foncée ». «[Chez cette espèce,] … l’aspect de la cuticule piléique est différente : la couleur est plus homogène chez silvaticus ss. Pomerleau. L’espèce ci-dessus (plus rare) a plutôt un chapeau squamuleux de brun sur fond blanchâtre. La couleur de fond est plus brune chez silvaticus, que l’on voit plus souvent. » (Lamoureux, 2016)

 

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Boletus auripes var. aureissimus ⇒ Boletus aureissimus / Bolet à pied doré

 

Ce taxon avait été placé en variété de B. auripes par Peck en 1938, mais est maintenant considéré comme une espèce distincte.  C’est le nom accepté sur Index Fungorum et dans Bessette.

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Pluteus cervinus s. l. ⇒ Pluteus cervinus

Les nombreuses photos (une trentaine) de Pluteus cervinus qui étaient sur le site de Mycoquébec étaient identifiées selon trois critères : croissance sur du bois de feuillus, odeur raphanoïde et absence de boucles dans la cuticule. Selon les dernières analyses moléculaires, c’est trois critères ne sont plus suffisants et de nouvelles caractéristiques permettent d’identifier Pluteus cervinus s.s.

  • Landry, J. (2014) Pluteus cervinus, un complexe d’espèces à préciser. Blogue Mycoquébec, déc 2014
  • Justo, A., Malysheva, E., Bulyonkova, T., Vellinga, E.C., Cobian, G., Nguyen, N., Minnis, A.M., and Hibbett, D.S. (2014). Molecular phylogeny and phylogeography of Holarctic species of Pluteus section Pluteus (Agaricales: Pluteaceae), with description of twelve new species. Phytotaxa 180, 1–85.

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Inocybe ovalispora ⇒ Inocybe albomarginata

La synonymie des ces deux taxons a été proposée en 1986 par Keyper. Malgré qu’il ne semble pas y avoir d’étude moléculaire qui l’ait confirmé, cette idée est maintenant bien acceptée des mycologues.

  • Kuyper TW (1986) A revision of the genus Inocybe in Europe. I. Subgenus Inosperma and the smooth-spored species of subgenus Inocybe. Persoonia – Supplement 3:1–247. doi: 10.2307/2807145

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Boletus roseopurpureus ⇒ Butyriboletus roseopurpureus

Ce changement avait été annoncé dans un récent blogue. Il est maintenant officiel.

  • Zhao K, Wu G, Halling R, Yang ZL (2015) Three new combinations of Butyriboletus (Boletaceae). Phytotaxa 234:51–62. doi: 10.11646/phytotaxa.234.1.3

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Lactarius lignyotus var. marginatus ⇒ Lactarius nigroviolascens / Lactaire violaçant

Nos espèces du complexe lignyotus auront besoin d’être délimitées plus précisément. C’est du moins ce qu’une étude récente indique, signalant qu’il n’est même pas clair combien d’espèces nous aurions dans ce groupe, ce groupe étant beaucoup plus diversifié qu’en Europe. D’autres études seront nécessaires. Chose certaine, certains critères comme la coloration de l’arête des lames ( ce qui définissait la var. marginatus) ne sont pas déterminants. Par contre, le changement de couleur de la chair à la coupe pourrait être un critère pour séparer deux ou trois espèces au Québec. En résumé, ce que nous appelons L. lignyotus s. l. correspond à une ou peut-être plusieurs espèces endémiques distinctes du L. lignyotus européen. Une autre espèce qui devient violet noir à la coupe, absente d’Europe, correspond plutôt à L. nigroviolascens, alias Lactarius nigroviolascens var. marginatus alias Lactarius lignyotus var. marginatus. Une troisième espèce dont la couleur de la chair à la coupe est saumonée (orange rosée) plutôt que violet noir, correspondrait à L. lignyotus var. canadensis. 

  • Lamoureux, Y. (2016) Lactarius nigroviolascens G. F. Atk. (A) / Lactaire violaçant . Page Flickr https://www.flickr.com/photos/27441280@N06/25941611931
  • Stubbe D, Verbeken A (2012) Lactarius subg. Plinthogalus: the European taxa and American varieties of L. lignyotus re-evaluated. Mycologia 104:1490–1501. doi: 10.3852/12-039

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Cyptotrama asprata ⇒ Cyptotrama chrysopepla

Cette petite espèce que l’on appelle en français Collybie drapée d’or retrouve le nom latin à l’origine de son nom français : chrysopepla, du grec χρυσός= or et πέπλος= tunique. Ces deux taxons avaient été synonymisés dans les années 1980. La génétique nous indique maintenant qu’ils représentent bien deux espèces distinctes. C. asprata est surtout une espèce asiatique alors que C. chrysopepla est surtout américaine. Il y a encore une possibilité que la vraie C. asprata soit trouvée un de ces jours sur notre territoire. Il faut garder l’oeil ouvert.

  • Qin J, Yang Z-L (2016) Cyptotrama (Physalacriaceae, Agaricales) from Asia. Fungal Biol-Uk 120:513–529. doi: 10.1016/j.funbio.2016.01.009
  • Redhead, SA, Ginns J (1980) Cyptotrama asprata (Agaricales) from North America and notes on the five other species of Cyptotrama sect. Xerulina. Can J Botany 58:731–740.

  • Moreau P-A, Vila J, Aime MC, et al (2015) Cibaomyces and Cyptotrama, two new genera for Europe, and an emendation of Rhizomarasmius (Basidiomycota, Physalacriaceae). Mycological Progress 14:4–16. doi: 10.1007/s11557-015-1024-4

Morchella esculenta s. l. ⇒ Morchella spp. (clade Esculenta) / Morille blonde
Morchella elata s. l. ⇒ Morchella spp. (clade Elata) / Morille noire

Comme expliqué dans un blogue précédent, nous savons maintenant qu’il existe plusieurs espèces de morilles noires et de morilles blondes au Québec, mais nous ne savons toujours pas comment les identifier avec certitude sans faire un test d’ADN. Que faire avec les quelque 80 photos de morilles que nous avons sur le site et dont l’identité correcte se limite à dire qu’elles sont blondes ou noires? Ceci est déjà bien, car il a été aussi démontré que ce que nous pouvons identifier comme  «blonde» ou «noire» appartient vraiment à 2 groupes génétiques distincts nommés respectivement, clade Esculenta et clade Elata. Pour conserver ces photos, les termes Morchella spp. clade xxx seront désormais utilisés pour le nom scientifique, les noms français étant conservés. L’expression signifie «espèces de morilles appartenant au clade phylogénétique xxx»

Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov. ⇒ Entoloma cuboideum

La récolte initiale d’Yves Lamoureux comportait des basidiomes beaucoup plus gros que ceux décrits à l’origine par Hesler pour E. cuboideum. Une nouvelle récolte de basidiomes plus petits en 2015 est venue confirmer l’identification. Voir le blogue préparé par Yves.

  • Lamoureux, Y. (2016) Entoloma cuboideum Hesler (C) / Entolome à spores cubiques. Le blogue Mycoquebec

Entoloma cuboideum Hesler (C) / Entolome à spores cubiques

par Yves Lamoureux

Adaptation et mises-en-page: Jacques Landry. Ce texte est constitué d’extraits des pages Flickr de l’auteur pour cette espèce ainsi que de courriels privés adressés à JL.

Chapeau brun jaunâtre, brun foncé ou brun-gris ou fauve (jaune-brun), non strié, entièrement squamuleux, convexe, à mamelon peu prononcé ou à ombilic peu profond, 1-5 cm de diam.; pied 3-8 x 0,15-0,7 cm, fibrilleux, un peu torsadé, blanchâtre ou teinté de la couleur du chapeau; spores surtout cubiques; cheilocystides allongées, versiformes-subcapitées, localisées (absentes sur certaines coupes); hyphes piléiques bouclées. Dans les forêts de feuillus ou mixtes. Occasionnel.

J’ai fait une récolte cet été qui m’a permis d’enfin faire le lien entre Entoloma cuboideum Helser et Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov. J’étais «à l’affut» depuis si longtemps… J’ai reconnu l’espèce tout de go sur le terrain.

Le hic était que Hesler a décrit son espèce plutôt petite (chapeau 1-2 cm). Il y avait aussi une certaine confusion dans la littérature. Et moi je trouvais toujours de gros basidiomes (en comparaison avec la description princeps) (Fig. 1-2). Et personne n’a rapporté cette espèce depuis sa publication.

Mais la micro est très distinctive. C’est le seul entolome qui a l’air d’un Leptonia sct. Leptonia et qui possède des spores cubiques comme un Inocephalus. Ma récolte 2015 (Fig. 3-4) est constituée de deux tout petits basidiomes, sans doute identiques à ceux sur lesquels s’est basé Hesler pour élaborer son taxon, basidiomes qui étaient de toute évidence petits, car le temps devait être très sec, tout comme pour moi cet été.

Enfin, j’attendais de résoudre cette énigme depuis fort longtemps et c’est maintenant fait. Ma récolte 2015 m’a permis de faire le lien entre les petits basidiomes et les plus gros observés initialement. Je me suis toujours douté de cette synonymie, mais il me fallait une preuve.

Entoloma cuboideum Hesler (B) / Entolome à spores cubiques Récolté au mont Orford (Estrie), le 18 juillet 1994. Collection Lamoureux 2188 (CMMF).

Figure 1 : Entoloma cuboideum Hesler (B) / Entolome à spores cubiques
Récolté au mont Orford (Estrie), le 18 juillet 1994.
Collection Lamoureux 2188 (CMMF).

 

Entoloma cuboideum Hesler (A) / Entolome à spores cubiques = Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov. Récolté à Saint-Bruno-de Montarville (Montérégie), le 20 juillet 1992. Lamoureux 1686 (CMML).

Figure 2 : Entoloma cuboideum Hesler (A) / Entolome à spores cubiques
= Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov.
Récolté à Saint-Bruno-de Montarville (Montérégie), le 20 juillet 1992.
Lamoureux 1686 (CMMF).

 

 

 

À première vue, par ses lames rosées et attachées au pied, on prend cette espèce pour un Entolomaceae. On patiente pour la sporée: elle est rose brunâtre. Jusqu’ici ça va; cela semble bien être un entolome (au sens large).

Le chapeau entièrement méchuleux-squamuleux est typique du sous-genre Leptonia. On pense donc avoir affaire à une leptonie. Mais les lames subdécurrentes nous rappellent par ailleurs le sous-genre Eccilia. Serait-ce une éccilie?

Entoloma cuboideum Hesler (D) / Entolome à spores cubiques Hesler (D) / Entolome à spores cubiques = Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov. = Leptonia percubispora Y. Lamoureux nom. prov. = Inocephalus percubisporus Y. Lamoureux nom. prov. = Leptonia cuboidea (Hesler) Y. Lamoureux comb. prov. = Inocephalus cuboideus (Hesler) Y. Lamoureux comb. prov. Sainte-Julienne (Lanaudière-Sud), le 26 août 2015. Collection Lamoureux 4311b (fongarium YL). Habitat: au sol, en terrain boueux (dans une mare asséchée), par temps sec, sous hêtres, érables et pins.

Figure 3. Entoloma cuboideum Hesler (D) / Entolome à spores cubiques Hesler (D) / Entolome à spores cubiques
= Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov.
Sainte-Julienne (Lanaudière-Sud), le 26 août 2015.
Collection Lamoureux 4311b (fongarium YL).
Habitat: au sol, en terrain boueux (dans une mare asséchée), par temps sec, sous hêtres, érables et pins.

 

Entoloma cuboideum Hesler (C) / Entolome à spores cubiques = Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov. = Leptonia percubispora Y. Lamoureux nom. prov. = Inocephalus percubisporus Y. Lamoureux nom. prov. = Leptonia cuboidea (Hesler) Y. Lamoureux comb. prov. = Inocephalus cuboideus (Hesler) Y. Lamoureux comb. prov. Sainte-Julienne (Lanaudière-Sud), le 26 août 2015. Collection Lamoureux 4311a (fongarium YL). Habitat: au sol, en terrain boueux (dans une mare asséchée), par temps sec, sous hêtres, érables et pins.

Figure 4 : Entoloma cuboideum Hesler (C) / Entolome à spores cubiques
= Entoloma percubisporum Y. Lamoureux nom. prov.

Sainte-Julienne (Lanaudière-Sud), le 26 août 2015.
Collection Lamoureux 4311a (fongarium YL).
Habitat: au sol, en terrain boueux (dans une mare asséchée), par temps sec, sous hêtres, érables et pins.

 

Puis le microscope révèle de nombreuses boucles dans l’épicutis, de «vraies» cheilocystides lamellaires, quoique en grappes et localisées (voire absentes sur certaines coupes), et des spores à majorité de forme cubique, trois caractères du sous-genre Inocephalus, section Staurospora. Un inocéphale?

Alors à quel genre appartiendra cette espèce dans le futur? Bonne question. Maintenant que l’on sait que tous ces (sous-) genres sont paraphylétiques et polyphylétiques, seule une étude de l’ADN de cette espèce nous permettra de connaître ses réelles affinités.

RÉFÉRENCES

  • HESLER, L. R., 1967. «Entoloma in southeastern North America.» Verlag von J. Cramer, Lehre, 196 p.
  • HORAK, E., 1975. «On cuboid-spored species of Entoloma (Agaricales).» Sydowia, Annales Mycologici Ser. II. Vol. 28, Heft 1-6: 171-236.
  • NOORDELOOS, M. E., 1988. «Entoloma in North America.» Cryptogamic studies vol. 2. Gustav Fisher, New York, 164 p.